Mer et vent

J’étais bien contente de partir à Marseille. Une seule journée mais. Vent et bleu et froid. Je ne sais pas pourquoi dans mon sac j’ai 4 livres. Et je n’en ouvrirai aucun. Dans le train nous devisons avec LBD. Elle est drôle et souriante. M’offre le livre concernant Bruno Latour, un pot de terrine corse, un petit sandwich qu’elle a préparé. J’écoute. J’apprends. Arrivée. Rencontrons par hasard GB qui nous montre cette demeure un peu décatie puis direction l’incroyable quincaillerie Empereur où on trouve tout comme autrefois au sous sol du BHV. C’était alors le paradis du bricoleur. Il pouvait plonger les mains dans de doux bacs de clous qui coulaient entre les doigts. Maintenant ils sont enfermés- les clous- dans dans de vilains petits sacs plastique. Un café sur le port, des oeufs brouillés et direction le Mucem pour voir l’exposition Don Quichotte. Décevant je trouve. Ici on est pas de mon avis et on pourra voir la moche scénolographie-typo-couleurs!( les scénologies d’expo que c’est difficile et je tremble en pensant à Metz) . Je n’en retiens que peu de choses: Des gravures de Hoggarth, Grandville, Goya, Jan Saenredam, Daumier et j’en passe. Les planches de Garouste ( j’aime pas ), l’ensemble de gravures très belles: Les advantures du fameux chevalier Dom Quixot de la Manche et Sancho Pansa son écuyer. Le livre : Le Quichotte féminin ou les aventures d’Arabella ( 1799 ). Une chose impardonnable: avoir inséré une saleté du peintre Moretti là-dedans. On se souvient des ses créations momoches pour les couvertures du Magasine littéraire. Des eau(x)?-fortes moches de Dali. Le sympathique film montrant Abraham Poincheval en armure sur les routes de Bretagne. Le film de Hassen Ferhani – Tarzan, Don Quichotte et nous, Algérie et France, 2013. Orson Welles pas développé. Et à nouveau comme dans l’expo Carrington des couleurs des couleurs des couleurs et le son pénible de l’installation video car on l’entend dans toute l’expo,

Non, la vraie splendeur c’est cette éblouissante tapisserie ( qui en soi méritait le voyage et aurait mérité une pièce spéciale ) : La charrette des comédiens du tribunal de la mort et Don Quichotte ramené par rire chez lui dans une cage. Manufacture royale de Mortlake 1675. Laine, soie et fils d’argent/ collection privée .

Je n’ai pas envie de parler de l’exposition Bonnes mères, ni Méditerranées . Plaisir pour la fin de voir la collection ( ATP ) .

Hier exposition Michel Journiac. Puis passée voir les belles peintures de petit format de Paul Pinon

Tout à l’heure Maison de poupée au Silvia Monfort

« Faites ce que vous voulez mais riez » / Salo ou les 120 journées

Bon. Insta m’avertit aimablement qu’ils ont enlevé la photo d’une performance de McCarthy. Vazi, ne te gêne pas, choisis pour moi, gronde moi, interdit moi. Comme on apprend toujours quelque chose, je lis donc que l’on ne peut pas montrer ses ou des seins « sauf pour parler d’allaitement« . Intéressant. Heureusement que le comité n’a pas vu les films de Paul Mc Carthy à l’Action Christine. Mieux vaut ne pas savoir que cela va durer 3 heures. Une fois je me suis fait piéger car j’avais mal lu une notice. Croyant lire 16 mn, je suis entrée dans la salle. Le film était en 16 mm- tiens LN prend cette claque ça t’apprendra. Il durait éternellement, je me souviens du réalisateur-artiste coupable !!!! Bref. Mc Carthy c’est difficile d’en parler. Pseudo Hitler, pseudo Eva. Il ne parle que de l’insoutenable, l’insupportable. Ce à quoi on assiste actuellement est de cet ordre. Trump en tête est encore plus écoeurant que ces videos que j’ai vues. Ce que l’on peut dire c’est que c’est une expérience. Entre sang, merde, urine, frites, crème, concombres, coca, légumes, mixeurs, couteau, sexe, rire dément permanent. De l’excès à l’état pur. ( Des monstres à l’état pur c’est quoi déjà? Truman Capote. Je vérifie ne quittez pas. Raté. C’est de Miguel Angel Molfino. Connais pas . Il y avait longtemps que je ne m’étais pas par moment caché les yeux pour ne pas voir au cinéma. Parfois on rit et peut être nerveusement. ( La gamelle qui enferme la tête est un moment désopilant). Mais comme on dit pauvrement « ça envoie » ou « c’est du très lourd ». Dans les ingrédients de cette soupe in Progress monstrueuse il y a des saucisses dégueulasses dans des barquettes supermarché et du champagne et du vin blanc et j’en passe. un flingue, des billets de banque dans un attaché case ( interruption car un sms m’avertit que Amazon me prélève 1200 euros. Il y a un code de confirmation et un numéro pour opposition . Oué oué me dis-je. J’appelle » pour voir » et plus ça va, plus on me demande de précisions et on me dit aussi qu’on ne peut pas m’aider si je ne donne pas les infos. J’ai raccroché. ) Les dialogues sont sommaires !!!!! Donc, j’ai préféré le deuxième film plus resserré plus Grand guignol aussi. A chaque fois on se demande ce qui nous attend encore, partagés entre un rire nerveux et l’angoisse, le dégout, le mal au coeur. Bon la coprophagie c’est juste un peu écoeurant. Je préfère le sang!!!! La bloodophagie ou quelque chose du genre ! Vampire ou cannibale. J’ai repensé évidemment à Salo et à des scènes plutôt hard. Quand on avait parlé de bouquins il avait avec Camus cité notre Divin marquis. Il y a une réelle performance d’acteurs et ça n’a pas dû être facile. Le montage est très bien et le cadre aussi. Bon tout cela ne fait pas de moi une grande critique de cinéma. J’ai honte.

Puis hier l’exposition des dessins. Les très grands sont ceux que je préfère.

J’ai terminé la transcription de l’interview de Marc Trivier pour Alphabet à la demande de Donatien, scanné le tapuscrit de Paule Thévenin, etc.

PS bien reçu le petit livre jaune et la carte postale de la grille. Merci !!!

Allez je vais lire un peu.

( Hier visite d’atelier très agréable )

Notes Thomas Bernhard/ Photographie

 « La photographie ne montre que l’instant grotesque et l’instant comique, ai-je pensé, elle ne montre pas la personne telle qu’elle a été, en somme, durant sa vie, la photographie est une falsification sournoise, perverse, toute photographie, peu importe qui photographie, peu importe qui elle représente, est une atteinte absolue à la dignité humaine, une monstrueuse falsification de la nature, une ignoble barbarie. D’autre part, les deux photos me paraissaient prodigieusement caractéristiques justement de ceux qui étaient fixés sur la pellicule, de mes parents tout comme de mon frère. […] Photographier est une manie ignoble qui atteint peu à peu l’humanité entière, parce qu’elle n’est pas seulement amoureuse de la déformation et de la perversité, mais qu’elle en est entichée et qu’en vérité, à force de photographier, elle prend à la longue le monde déformé et pervers pour le seul véritable. 

Ceux qui photographient commettent l’un des crimes les plus ignobles qui puissent être commis, en rendant la nature, sur leurs photographies, perversement grotesque. Sur leurs photographies, les gens sont des poupées ridicules, désaxées au point d’en être méconnaissables, défigurées, oui, qui regardent d’un air effrayé leur ignoble objectif, de façon idiote, repoussante. 

Photographier est une passion abjecte qui atteint tous les continents et toutes les couches de la population, une maladie qui a frappé l’humanité entière et dont celle-ci ne pourra jamais être guérie. L’inventeur de l’art photographique est l’inventeur de l’art le plus misanthrope de tous les arts. C’est à lui que nous devons la déformation définitive de la nature et de l’homme qui y vit, en la caricature perverse de l’une et de l’autre. Je n’ai encore jamais vu sur aucune photographie un homme naturel, autrement dit un homme véritable et vrai, comme je n’ai encore jamais vu sur aucune photographie une véritable et vraie nature. la photographie est le plus grand malheur du vingtième siècle. Jamais je n’ai été pris d’un tel dégoût qu’en regardant de photographies. Mais, me suis-je dit à présent, si déformés que soient mes parents et mon frère sur ces seules photographies prises par moi avec l’appareil photographique appartenant à mon frère, à mesure que je les regarde celles-ci montrent tout de même, derrière la perversité et la déformation, la vérité et la réalité de ceux qui sont pour ainsi dire saisis par la photographie, parce que je ne me soucie pas des photos et que je vois ceux qui y sont représentés, non pas tels que les montre la photo dans sa déformation grossière et sa perversité, mais comme moi je les vois. »

                                                                                                                         Thomas Bernard, Extinction               

May I introduce you?

Ce matin en buvant un café je riais en disant que les plus mauvais artistes sont souvent les plus vaniteux. Je citais Orlinski qui veut « démocratiser l’art« – en soi c’est un beau projet, un programme ambitieux / mon dieu qu’il est sot celui-là-  » le mal aimé du monde de l’art qui ne le reconnait pas » et pour cause car il appartient (à mon sens ) plutôt à la guilde des promoteurs immobiliers. Bref il y en a d’autres qui déclament leurs idées sur l’art et, soit on pouffe de rire, soit on pleure. TL qui parle de Cézanne c’est un must et lorsqu’il réalise son mural il donne à chaque étage de son échafaudage ( en toute modestie) des noms d’artistes de petite envergure, ses collègues : étage Michel Ange, étage Raphael, et un artiste japonais moins connu que Hokusai mais plus joli. Bon oublions. Je ne sais plus pourquoi je parle de ça. Si !!!!!!!! Hier j’étais invitée Rue du Bac chez L car il y avait une petite réception en l’honneur de mon héros, mon maitre, mon admiration, j’ai nommé Paul McCarthy. Bon je n’allais quand même pas mettre ma seule robe pour le séduire !!!! En avant mon short noir et mes chaussettes longues. Chemise blanche … May I introduce you? Dans ces circonstances on a pas grand chose à dire. Enfin, je parle pour moi. Lui ai serré la main et j’ai regardé sa barbe blanche, je le pensais plus grand sous sa casquette éternellement vissée. Bref un mec que je pourrais croiser en bas sans me retourner. Suis allée m’assoir, papoter gentiment, siffler un verre ou trois de champagne, en le regardant du coin de l’oeil, discuter avec les même personnes dont la fille Lilith Strangenberg qui est souvent dans ses terribles films. Sur le canapé il y avait un coussin bleu en forme de boule. A un moment je me suis lancée et je lui ai demandé s’il voulait jouer au ballon avec moi ! Bingo il a ri et on a commencé à dire je ne sais quoi, assis sur le canapé. J’ai avoué être une totale groupie de son oeuvre terrible. On a ri. Trinqué. Il m’a embrassée. C’était Noel en mieux. Je lui ai raconté l’histoire de ma rencontre avec Kirkeby ( qui n’est pas un artiste qui m’intéresse beaucoup ) : Une dame nous présente et dit je vous laisse discuter. En même temps nous avions répliqué:  » de quoi ? » puis avions pivoté afin de partir chacun dans une direction différente, comme lorsqu’on compte ses pas dans un duel !!! Bref. MC est plutôt bière que champagne. On a parlé un peu bouquins. ( il a perdu maison et bibliothèque à LA. Tous les livres qui étaient un tas de cendres. Il a dit que tout cela s’était volatilisé et entré dans les yeux, la bouche et le nez des gens à leur insu, ça m’a fait penser à Farenheit et je me suis dit que j’avais peut ^tre un micro morceau d’une page de Shakespeare qui flottait au milieu de mes neurones ) Il adore Albocamo. Je me disais bizarre un auteur africain, et je ne connais pas du tout. En fait c’était Albert Camus / Albocamo l’auteur Africain. Bon, on a trinqué, dit n’importe quoi que j’ai oublié et lui aussi, et puis c’est pénible de ne pas toujours comprendre cette langue. Mais ça m’a fait très plaisir de rencontrer ce mec sans aucune affectation et bien plus modeste et drôle que ceux que j’ai cités plus haut. Voilà. J’ai pris un taxi légère comme un papillon. Et ce soir j’irai à la projection.

le crochet LFI

Alors que je faisais trois courses j’ai attrapé un flyer électoral. J’allais le jeter, l’ai mis dans ma poche et ressorti dans l’ascenceur ( que je reprends quand les cieux me semblent cléments ) . Et je lis: Madame X 1/cheffe de projet, 2/lutte contre le surtourisme et … 3/ Redonne les bénéfices de ses créations au crochet pour la Palestine. Alors là on se demande si c’est le programme de Mister Bean, une invention, ou la réalité. On a bien ri un peu plus tard. J’avais gardé le précieux parchemin. Bon, je me dis, Dimanche prochain, en allant rue des martyrs je trouverai bien quelqu’un qui tracte. Puis j’ai oublié. Avant hier je sors de la station ND de Lorette. La nuit est tombée et dans le noir une fille en haut de l’escalator distribue les trucs. Je passe, reviens sur mes pas et voyant qu’il s’agit du même flyer je dis à la personne qu’elle tombe bien et que j’ai besoin d’éclaircissements. En m’excusant car, dis-je, vous n’êtes pas responsable et vous distribuez pour la candidate je lui demande si elle se rend compte de l’ineptie et du ridicule de ce programme. Elle est étonnée. Et moi : Mais le crochet, qu’est ce que c’est que cette histoire de créations au crochet ? Alors elle me répond Vous voulez voir? j’ai les photos!. Stupeur c’est la candidate en personne.
J’ai décliné cette offre alléchante, et me suis éclipsée gentiment. Ensuite j’ai un peu regretté mon attitude ( non agressive ni belliqueuse je précise ) La fille est de toute évidence à ranger au rayon innocente, ou neuneu si je suis méchante, d’une telle naïveté. Ce que je me demande aussi c’est comment de telles absurdités peuvent exister? Et pourquoi  » ça passe « .

Mon Kandinsky

Il est presque terminé. Beaucoup plus grand que l’original avec un truc peint en plus!je me suis dit: Lançons nous derrière Surtevant !!! Quand il n’y a pas, faisons la sourde oreille. Bon j’aurais c’est certain plus de mal avec un Botticelli. J’ai pas mal souffert quant aux couleurs. Il y en a 3. Un fond assez « mastic » et deux sortes de verts un peu jaunes. Je ne pensais pas que ce serait difficile. Mais je n’ai jamais vu l’original et les reproductions sont toutes différentes. Je dois dire que ça m’amuse. Terminé aussi deux petits diptyques. C’est mieux sans vernis. J’ai tenté mais je n’aime pas trop. Commencé une grande peinture à partir du portrait de Berthe Weill par Kars. J’ai vu le tableau à l’Orangerie. Je l’avais découpé dans la Gazette. Ouf très beau temps. On a pas mal ri hier avec Valerie etc au QG. José avait garé son énorme camion de dépannage devant le bar et fêtait ses 50 ans. Luna a bien aboyé pour être en accord avec les cris et les rires de la tablée portugaise. J’ai commencé le livre que Marga m’a offert. Il s’agit de l’agression de la Finlande par la Russie. Olivier Norek revient à la rentrée avec Les Guerriers de l’Hiver. J’avoue que je ne connaissais rien à cette histoire là. Sur le chemin de l’atelier une voiture rouge a entièrement brulé. Dans l’Escalator je photographie des jambes de Lolita avec petit short et chaussettes en dentelles. Certain qu’elle est Japonaise. C’est amusant ce « mignon » mais ça me met plutôt mal à l’aise. Je n’ai jamais aimé les femmes qui jouent les petits filles et minaudent. Alors cette ambiguïté sexuelle… Bref. Vu l’expo Martial Raysse. Trouve ça assez moche et plutôt poussiéreux à vrai dire. Ouem. Disparition soudaine du spécialiste de la tapisserie de Bayeux que nous avions rencontré. Tous les jours ou presque atelier. Travail pour Nantes et mise au point de l’étoile. Petit livre pour Hong Kong. L’autre soir concert de Ino Casablanca à la Cigale. Bien installés derrière la régie son. Je crois qu’on était les plus vieux! Tiens je vais écouter Feu chatterton et poursuivre ma lecture.

J’attrape sur le lit L’homme sans contenu ( Frenhofer et son double ) de Agamben et trouve:

Qu’est il arrivé à Frenhofer? Tant qu’aucun oeil étranger n’a contemplé son chef d’oeuvre, il n’a pas douté un seul instant de sa réussite. Mais il lui a suffi de regarder un instant sa toile avec les yeux des deux spectateurs pour être obligé de faire sienne l’opinion de Porbus et de Poussin: « Rien, rien, et avoir travaillé dix ans. Frenhofer s’est dédoublé. Il est passé du point de vue de l’artiste à celui du spectateur, de la promesse de bonheur intéressée à l’esthétique désintéressée; dans ce passage l’intégrité de son oeuvre s’est évanouie. En effet ce n’est pas seulement Frenhofer qui s’est dédoublé, mais aussi son oeuvre: comme dans ces combinaisons de figures géométriques qui, observées longuement, acquièrent une disposition différente, à partir de laquelle on ne peut plus revenir à la précédente sauf à fermer les yeux, de même son oeuvre présente alternativement deux faces, qu’il n’est pas possible de recomposer en unité; la face tournée vers l’artiste est la réalité vivante où il lit sa promesse de bonheur. Mais l’autre face, celle qui est tournée vers le spectateur, est un ensemble d’ éléments sans vie qui ne peut que se refléter dans limage qu’en renvoie le jugement esthétique

Aux abbesse un café et des courses ce matin. Puis lire. Annulé le RV avec S pour avoir une journée sans aucune contrainte. Remis à demain.

Demain Saint louis . Ouf ce n’est pas à 8h comme annoncé.

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