Dans les films on trouve toujours une place pour garer sa voiture exactement devant l’endroit où on a rendez-vous. Je ne pense pas que cette réflexion soit de la plus haute importance mais quand même. Moi je tourne je vire et eux sur Arte n’ont aucun problème ni de logement, ni de stationnement. En parlant de logement j’ai vu une annonce d’un local de 600 m2 à Château d’Eau. Si quelqu’un me prête 3 millions d’E. je mettrai le reste. C’est trop beau. Le regret des 500 m2 de la rue Rochechouart raté en 1985 par la faute de mon frère ainé, se manifeste dès qu’il peut c’est à dire tous les jours.

Je me suis arrêtée pour l’observer sur le boulevard près de la gare du Nord: un grand oiseau avec une canne. Âgé – plus de 80 dirais-je, cheveux blancs plutôt longs, pantalon de cuir noir pour des jambes minces, blouson de cuir noir avec sur la manche gauche un écusson rond dans lequel est enroulé un serpent. Deux points rouges comme des taches sur le devant mais la photo est mauvaise et j’ignore de quoi il s’agit , boots noires pointues et pour couronner ce portrait de rocker des anciens temps un bandeau noir sur l’oeil, le transformant en dandy pirate perdu dans notre temps, en frère de De Toth ou de Fritz Lang, Raoul Walsh ou John Ford. Il évolue lentement, s’arrête, repart comme le seul au ralenti parmi les gens, les vélos, les chiens, les bus, et tous ceux qui courent vers la gare. Un échassier noir en somme, cigogne ou ibis.

Je n’arrive pas vraiment à me concentrer et j’ai abandonné l’atelier pendant quelques temps pour réfléchir aux finitions du portail ( que j’ai vu dans l’atelier ), terminer des corrections, et poursuivre les recherches Metz. L’autre soir au café un type s’est installé à sorti une ramette de papier ainsi que des partitions vierges et a commencé à écrire frénétiquement. Il ne traçait qu’un seul signe sur chaque feuille. Peu à peu 5 tables ont été recouvertes de pages quelquefois chiffonnées. C’était fascinant même si je ne le voyais que de dos. Je suis partie rejoindre en face S et R et en rentrant à la maison j’ai vu qu’il était toujours là devant les tables pleines de papiers à signes cabalistiques, signatures et autres messages codés. Ça me fascine. Passée chez Yamamoto aux ventes privées. C’était plutôt l’envie de me promener avec un but. Suis restée aussi longtemps que dans des expos parfois, c’est à dire 15 mn. J’ai trouvé tout laid, trop tarabiscotté dorénavant, avec des matières qui surgissaient inutilement à mon sens. des couleurs moches. De toutes façons ça a toujours eu un effet répulsion sur moi ces personnes qui picorent autour des portants comme des pigeons et tentent d’arracher une graine ou autre bon morceau à leurs semblables. J’ai regardé des chaussures avec intérêt mais c’était pour du coin de l’oeil observer deux femmes. L’une boutonnait un vêtement sur l’autre qui … pleurait. Elle se laissait habiller comme une poupée et l’autre lui disait : Arrête de pleurer, tu es très forte!. La fille-poupée qui était japonaise à répondu rien reniflant qu’elle avait toujours pleuré. Dans cette chemise bleu pâle inutile et moche, elle était pathétique. J’ai trouvé l’atmosphère trop triste avec cette clientèle en quête d’une bonne affaire inutile. Suis partie, songeuse mais contente de la liberté que je m’étais accordée. SMS: es-tu là et suis passée boire un café à la galerie. J’aime bien ne rien faire ce qui m’arrive à vrai dire peu souvent. Dîner chez E et V très plaisant comme d’habitude.

J’ai perdu mon 1984 de Orwell. N’arrive pas trop à me fixer sur un livre, grappillé des infos dans le Monde. J’ai très envie d’aller voir Calder et le Douanier Rousseau. Très envie d’être à la mer, d’être en Italie, et j’évite de me demander si nous pourrons partir. Moi, tout me va. Rester, partir du moment que je peux lire et travailler. Il faut je crois savoir trouver du plaisir à dans les plus petits recoins, même si l’atmosphère est un peu sombre. Naissance de Margot

Passée au musée de la chasse voir l’expo de AM. C’est un endroit impossible certes. Que faire là dedans? Et là selon moi c’est raté. Pourquoi, parce que je n’en peux plus des peluches, du temps regretté de l’innocence, des petits animaux blessés et du lapin qui a un fusil. Seuls à mon sens les objets noirs tiennent le coup. Mais tout cela me semble terriblement mièvre. J’aime bien AM mais là il faudrait quand même se remettre en question. Suis restée peu de temps. Le quart d’heure réglementaire en somme.

Mort de Nathalie Baye.

Un café ? D’accord. La semaine prochaine Londres et RV à Westminster et à la galerie H&W ( expo en janvier ) . 

Bardamu n’est plus

Mon ami et néanmoins médecin Jean-Charles Leray a quitté le navire. Il a emporté ses cigarettes, son chapeau et son bloc d’ordonnances qu’il oubliait souvent sur la table, parfois c’était le tampon qui restait avec nous.Il a emporté son rire, son silence soudain alors qu’il regardait des résultats d’analyse… Il fronçait les sourcils. Réfléchissait Il entrait et j’apportais café et cendrier. Il était formidable. Il ne parlait jamais de lui, mais de ses amis, d’un livre, de la vie… Ok je passe dans l’après-midi. Ok j’arrive. Ah non je suis à Marseille… Tu fais ça et ça et tu me rappelles je t’envoie une ordonnance. On riait, il s’intéressait à tout, me racontait des patients anonymes bien sûr, et je lui disais là arrête s’il te plait… Stop Il avait un accent parisien, son plaisir d’homme devenu âgé était tout d’abord ses patients, le poker, ses frères maçons, et le clap de Montmartre. Jasmina m’a embrassée et j’ai rencontré les fils qu’il avait eus à plus de 70 ans. Tristan c’était une autre histoire, (un autre mariage parmi les quatre ), l’histoire de la douleur des pères qui ont des enfants camés. On a connu ça. J’avais fait une belle gaffe alors que j’avais rendez-vous dans son cabinet hyper populaire d’Aubervilliers. La queue, du monde, voiles, multi ethnies comme on dit… la médecine populaire, la vraie. Là un type devant moi que j’observe avec son chapeau crado en cuir. Il passe, ressort et puis maintenant c’est mon tour/ ben dis donc Jean-Charles c’est du lourd ce qui vient de sortir de ton bureau!– C’est mon fils. Ok. heu que dire. Le mal était fait. Quand Tristan est mort il était comme un père coupable et nous avons reparlé de S. qu’il avait tenté de sauver aussi. Je l’ai embrassé en lui disant qu’il avait tout fait et ne pouvait pas davantage. Néanmoins. Donc, Saint Jean de Montmartre. Je suis arrivée la première. Plein de monde. Le visage du gros curé ressemble un peu à une poire, à la caricature de Louis-Philippe que l’on connait. Bon je suis émue bien sur et le fameux chapeau de feutre posé sur le cercueil ( un beau cercueil raffiné et très simple sans angles, comment dire juste une belle boite en bois) me donne des frissons. Au téléphone il y a 3 semaines nous avions papoté. Il ne mangeait plus mais lisait Lucien de Samosate et ce fut notre dernière conversation. J’avais commencé en disant comme à chaque fois: Ai-je l’honneur de parler à l’immennnnnnnse médecin Jean Charles Leray, connu et reconnu mondialemennnnnnnnt. Il m’a dit la dernière fois: Je crois que j’ai fait ma dernière ordonnance hier. Quelqu’un a témoigné sous la coupole et j’ai souri: Quand il allait jouer aux boules au clap, il y avait la queue pour une petite visite médicale sauvage et il faisait des ordonnances sur un coin de table. Il y a eu cette chaine émouvante autour du cercueil, que j’imaginais transparent. Pendant la messe, alors que j’avais envie d’accélérer le débit du curé, je me suis soudain demandée combien j’avais vécu d’enterrements. Je suis arrivée je crois à 21 et dans le métro j’en ai rajouté une poignée. Il faudra que je fasse une liste. Le premier, très clair ( mais auparavant il y avait sans doute oncles et grand-mères pas connues ), le premier fut notre camarade de classe qui s’était suicidé à 15 ans. Je ne sais plus son nom, son image même floue, je la vois.Le dernier Guy Cogeval. Bref ensuite je suis allée boire un, ben rien, je n’ai rien bu, je suis allée au Moulin de la Galette où il avait voulu que l’on boive un verre.

RIP Jean-Charles.

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