
Ça me revient à l’instant alors qu’Eugène est en train d’écouter Charity et qu’il ne veut pas qu’elle l’appelle Cogneur. ( Harry Crews /Le roi du KO ). A ce propos j’aime beaucoup cet auteur. J’y prends le même plaisir que parfois au cinéma quand on ne reconnait pas les acteurs pour la bonne raison qu’ils ne sont tout simplement pas des acteurs. Ici je ne reconnais pas les histoires. Cette fête du serpent dans La foire aux serpents est juste incroyable. Des mondes étranges dans des coins reculés. Des filles usées avant l’heure et maltraitées. Un shérif qui met en taule toute femme jeune ou vieille qui lui résiste et des crotales, des serpents à sonnette, des vipères, des cobras. Tout ça se tortille en glissant comme les majorettes du coin, les majorettes de Mystic. L’une d’elle deviendra la reine ce jour-là et on brulera l’immense serpent de papier. Beaucoup d’alcool, des noirs, de la poussière, des personnages jamais rencontrés ailleurs. Des combats de chiens rendus féroces, des bagnoles déglinguées, rafistolées, moribondes mais qui roulent, pick-up ou autre, qui arrivent au milieu de nulle part à toute vitesse dans un nuage de poussière.
Cette nuit, j’étais avec B. On avait à commander une plaque de carton, j’étais passée chez Arte ou le personnel d’il y a 30 ans était toujours en activité. Dans une ville en plein air, deux types faisaient une conférence. On les a re croisés plus tard. Ce que j’avais à faire était flou. Je suis allée au supermarché où des gens erraient. Les rayons étaient soit vides soit emplis de nourriture pourrie. Je n’avais pas de monnaie pour le caddie. Puis j’ai voulu mesurer une feuille de papier et n’ai jamais réussi. Un enfer. C’était pourtant très simple. J’ai roulé vite en voiture dans une grande ville, puis marché avec B que j’ai perdu. On a traversé un restaurant Italien qui avait l’air bon, j’ai atterri aux beaux arts. Je suis repartie dans l’appartement où Anne m’attendait. J’avais donc perdu Benoit. R. Injoignable. C’est à ce moment là qu’on m’a désigné ce garçon: une bonne mine et des cheveux ébouriffés. Il m’a dit regarde j’ai une oreille dévissée. Oui, une vis pendait au dessous de son oreille en biais. Ce n’était pas un vrai garçon-on me l’a signalé- mais un robot comme vous et moi. J’étais sidérée. Et ensuite j’en avisai d’autres personnes en leur disant que pour moi il y avait un avant et un après. Cette rencontre et la possibilité d’un clone humain me faisait une sale impression, comme un dégout. On lui faisait faire des choses minutieuses. A un moment il s’est affalé/panne de batterie.
Deuxième nuit dehors. Cette fois ci il a fait à peine frais.
Quelques jours plus tard le 31 juillet
Je me sens mieux. A l’arrivée j’étais perdue comme à chaque fois. Mal dans ma peau, moche, envie de rien. La première chose systématique que je fais c’est malgré le blues, d’ouvrir l’atelier d’y transporter ce que j’ai descendu comme matériel. Déjà, c’est un point de repère. Ensuite accepter de tenter la décontraction. Maintenant que je sais que tout le monde est parti en vacances et ne m’appellera pas. Youpi dirais-je. La mer pas de monopalme cette année à cause de la fracture du métatarse qui me fait toujours souffrir. Un pincement sur le côté du pied. Je me lamente, je râle. Marcher dans le sable est douloureux. Au rayon bobo, ce matin une guêpe est venue m’embrasser sur la bouche puis a déposé un mot sur ma main. La saleté!. Ça va. Nous dormons en bas car je ne réussis pas à rafraîchir les chambres. Impossible de trouver un rafraîchisseur d’air ( suis allée dans l’horrible zone à côté de Toulon ou se côtoient ( on connait par coeur ) les chambres mortuaires, les boulangeries artisanales de 500 M2, Ikea, Castorama, Carglass, et autres magasins déprimants. Sortant de chez Boulanger et voulant mener une enquête ethnologique, je suis rentrés dans une surface genre Gifi ( !!! ) qui vend uniquement des saletés inutiles: du parasol qui va fonctionner 3 jours, aux bonbons pour obèses en passant par des moustiquaires, deux ventilos à 29,99, des chaussures en plastoc, des chaises, des anti-fourmi et plein de choses que je ne reconnais pas sans mes lunettes et c’est mieux de voir flou parfois plutôt que de se demander ce que cette profusion deviendra et qui elle envahira une fois morte. Je prends néanmoins un des derniers ventilateurs de la région, que je cueille comme une tulipe après l’avoir débranché. Deux dames devant moi ont jeté leur dévolu sur quelques fleurs en plastiques. Un joli bouquet « infanable » qui sera posé sur une tombe ou dans un petit salon;
Bruits d’hélicos. Ça brûle à Brignoles cette fois ci et on sent le roussi dans l’air. Bon … suite plus tard, direction le marché de Pignans et le Bar des Sports que j’aime bien. J’achète des framboises pour les voisines. Et des oreillettes saupoudrées de sucre glace. J’ai poursuivi ma lecture de Harry Crews. J’ai commencé ( pourquoi? Sais plus … le hasard je ne crois pas… ) par La foire aux serpents, puis Le roi du KO, puis La malédiction du gitan. J’ai commencé Des mules et des hommes plutôt autobiographique. Ça fait un peu penser aux raisins de la colère. Ce livre a été écrit pour mon garçon lit-on au début puis : « Survivre est suffisant comme triomphe » David Shelley /conversation .
J’ai recommencé mollement-doucement à peindre mais je ne me refuse plus des siestes que je trouve délicieuses mais me laissent un peu sonnée. La mer et retrouver son corps même si ce pied m’embête. J’ai mis du baume du tigre dont j’adore l’odeur.
Oublié de parler de mon aller retour à Lens ( Crans-Montana ) en Suisse. Partie vendredi midi et retour le lendemain. Invitée par Samuel Gross que j’avais rencontré à Genève alors qu’il s’occupait des expos au Musée d’histoire. On avait sympathisé et maintenant il s’occupe de la fondation Opale spécialisée dans les arts Aborigènes. ( je n’y connais rien ) .Beaucoup de personnes disent Arborigènes. C’était très beau ces montages et ces vignes en espalier, le glacier au loin. Même si la montagne m’a toujours plutôt angoissée. Bref il s’agissait de visiter l’exposition de cette femme incroyable, Emilie Kam ( pour faire court ) qui a commencé à peindre à plus de 80 ans, était guérisseuse etc… L’expo a été présentée aussi à la Tate. Puis de dialoguer avec Samuel devant le public Il y a eu pas mal de monde. On est reparties assez vite mais c’était vraiment très agréable. Bien sûr je m’étais un peu renseignée sur les aborigènes et j’avais dans le train regardé le film de Herzog… Dans le titre il y a rêve et fourmis vertes. J’ai aussi découvert ces fourmis dont la reine je crois est réellement verte. Elles cousent des énormes fourmilières.
Hier on a regardé les hirondelles. Elles volaient au dessus de la place en tourbillons magnifiques. Il y en a plein dans le hameau.
Ah oui j’oubliais mon rêve. J’étais avec Andy Degroat ( disparu il y a ? Ans, 3 ? ) et on marchait côte à côte. J’avais à la main une photo Polaroïd un peu passée des années 70 et je ne savais pas comment lui cacher. Donc ne pouvant reculer je lui ai montré avec une certaine gêne. La scène photographiée représentait un enterrement. On voyait quelques personnes au premier plan et derrière les porteurs de cercueil. Andy m’a dit qu’il ne savait pas où c’était. Et pour cause pensai-je. Il ne se voit pas sur la photo. Je me demande si je dois l’éclairer… Je lui dis heu… tu es dedans. Dans quoi me demande t’il ? Dans la photo … Je suis effarée de lui dire la vérité: Tu es dans la boite et c’est ton enterrement. Il en a le souffle coupé. Je suis mort alors? Oui tu es mort. J’ai prévenu Jean et les autres que j’avais dévoilé le secret et qu’il fallait bien que quelqu’un lui dise. Après je ne sais plus… Après il y a eu une sorte d’abbaye splendide. Et encore après j’avais un coup droit du tonnerre et courais comme un lapin fou au tennis.
1 aout ( METZ )
Bon il faudrait sérieusement commencer le ou les textes pour Metz. Ca pourrait s’appeler non pas, comment j’ai écrit certains de mes livres mais Comment j’ai choisi certaines des oeuvres. Pour le moment je n’ai pas envie de parler de ça. Mais plutôt de noter ces passages précieux dans Des mules et des hommes ( voici encore une variation de titre ) . Les deux enfants feuillettent le catalogue Sears et l’incroyable dans ces cas là, est que se rendant sur American Archives on trouve presque exactement les numéros feuilletés par Harry et son copain noir. Ce que je dis n’a aucun sens puisque l’auteur invente sans doute les images, où elles sont le concentré de beaucoup d’autres. Au moment ou j’écris, Celeste Albaret parle à la radio dans l’émission de Jean-Noel Jannenet. Donc les enfants ouvrent au hasard le catalogue chacun leur tour et établissent des relations entre les mannequins souriant qui présentent les vêtements :
On avait ouvert le catalogue Sears, au hasard, et on était tombés sur un homme d’âge mûr, mais encore costaud et en bonne santé, des cheveux en abondance sur le crâne et des yeux clairs qui nous regardaient franchement. Il portait une veste de chasse rouge et des cuissardes, avec un râtelier plein de fusils derrière lui. On a gardé la page avec nos doigts et on a fait marcher Le Livre à Souhaits encore un coup, et cette fois il s’est ouvert sur un groupe de dames en petite tenue, belles comme on en avait encore jamais vu, toutes parfaites dans leurs sous-vêtements immaculés. Elles avaient toutes sans exception le même regard direct et calme que l’homme en veste de chasse rouge.
« Qu’est ce que tu penses, Willalee? » j’ai dit .
Sans hésitation, W a fait : « Cette dame là qu’on lui voit les cottes, c’est sa fille … »
Tout en marquant la page avec la dame aux cottes et l’homme à la veste de chasse, on a ouvert le livre encore une fois, et là c’était un jeune homme en costume, on aurait pu se raser sur le pli de son pantalon. Il posait d’un air nonchalant, le pied sur une boîte, chaque cheveu de sa belle tête bien en place.
Voilà ce qui se passe j’ai dit. Voyez ce gars-là il voit la fille derrière, celle avec les cottes, et son père c’est çui-là, les fusils ils sont à lui, et il est pas heureux…
Pourquoi qu’il est pas heureux? ( p102-103 )
Voici donc un échantillon de ce livre et j’ai pris plaisir à le recopier ( pour moi !!! )
Je vais de ce pas chercher à la maison de la presse les 3 autres livres que j’ai commandés et je pourrai dire que j’ai passé mes vacances avec Harry Crews. C’est un sacré plaisir que celui de lire. Quelle chance. Et après je relirai un peu de Thomas Bernhardt. On verra .
REVE
Les décors se mélangent au fur et a mesure de la reconstitution. Le lieu. C’est le jardin d’Amiens. Le grand portail vert est fermé. Ce qui se passe: arrivée d’américains pour voir la grande tour en bois qui a été édifiée au milieu de la pelouse. Ce sont des producteurs. Je ne retrouve pas le nom du plus important. Ma soeur. Mon frère qui n’est là que pour dire qu’il faut manier la manivelle de la tour avec précaution. Il est furieux. Mon père invisible on entend que savoir et encore ce n’est pas certain. Des joueurs de tambour belges. Le garage. Le chemin qui longe la maison qui mène au stade. Il y a de l’autre côté dans mon rêve une autre propriété avec un grand portail que je ne vois pas mais que j’entends se refermer. Là habitent trois jeunes gens qui ressemblent à ceux des Finzi Contini. Mais ceux là je ne les aime pas beaucoup. Ils sont l’exemple de la grande bourgeoisie Française. Plus tard il y aura les parents et un petit chien. Le chien, je dois le garder et il tombe du balcon de ma chambre qui s’est effondré. Le chien parle et me dit que ce n’est pas cassé. Essayons de trier tout ça. Le voisins que j’appellerai les FZ, sont près de la balançoire et ont de très gros visages. En fait un peu comme au carnaval d’Amiens ce sont des grosses têtes ( pas énormes non plus ) et ce sont leur propre visage qui est reproduit. J’aime bien cette vision. Donc ma soeur me dit que le rendez-vous est important pour le film que son mari doit réaliser. Avouons que le mari existe et n’a jamais fait d’étincelles dans aucun domaine dont le théâtre. Elle rajoute: Mais le producteur a un autre rendez-vous et moi de répliquer : penses tu qu’on vient de LA uniquement pour voir ton mari. Allons! Mais elle semble déçue quand même. Bon les Américains sont environ 7 et ne parlent pas français. C’est moi qui me tape la conversation. Je leur montre les voisins et dis qu’ils sont « l’exemple de la grande bourgeoisie Française ». Soudain je vois des hommes qui grimpent n’importe comment dans la tour qui pour cette scène est entourée de branches. Je hurle et finalement menace d’appeler la police. Entre temps une délégation japonaise passe devant le garage. Chacun a un costume traditionnel. C’est beau. Ça discute face à la tour qui est je dirais assez belle, en bois. Sobre sauf des parties en bois exotique que je n’aime pas.( En fait cette construction est la réplique allongée en hauteur de la maison de la sorcière dans mon décor pour Hansel et Gretel ). L’américaine qu’on m’avait annoncée comme désagréable, l’est. Elle n’aime pas ce décor. Je la laisse commenter ce qu’elle voit et me dirige vers le fond du jardin pour parler au gars qui était dans l’arbre. Il est assis derrière une table et je l’engueule; il reconnait que ce n’est pas malin. Il est belge et je lui dis qu’il va passer pour un belge saoul et ringard. Il me parle tambours. Il est sympathique. On discute.
Retour des parents. Le père m’embrasse sur le front de temps en temps. On n’est plus à Amiens. Je suis chez eux quelque part ( c’est là que je dois m’occuper du petit chien ) puis on roule dans une plaine boueuse, à travers champs. Il n’y a personne et j’ai un peu peur; Ah non une voiture nous suit. Je ne sais plus ce qui se passe. Gisèle Linder fait partie du voyage .
Il y a un cadre avec un verre. Je veux extraire le dessin (?) qui est à l’intérieur. Il me semble que c’est juste un mot . Le verre se brise . J’ai plusieurs verres cassés dont je ne sais que faire. Tiens, comme par miracle derrière moi dans la même pièce, un client du Bar des A, trie du verre cassé et aussi des rondins de bois et je lui demande de prendre mes morceaux coupants.
Là je ne trouve plus rien.
Travail tous les après midi, mer le matin un jour sur deux ( aout un peu plus de monde dès 8h du matin alors que nous étions les premiers le mois dernier ). Le soir apéritif sur la place. Suzanne la dame qui doit avoir alzeihmer, tourne et vire. On l’appelle Tsé-tsé ou la buse, ou la guêpe. Elle porte sa doudoune sous son bras ( il fait plus de 30 le soir ). Elle marche mains sur les hanches, tête baissée Elle s’arrête et semble avoir un objectif. Elle marche plus rapidement et là c’est l’angoisse car on sait qu’elle va demander si elle peut s’assoir avec nous, avec tous. Parfois elle change subitement de direction, disparait à droite, réapparaît à l’autre bout de la place. S’immobilise. Demande un verre d’eau au bar. Elle s’approche. Alors ça va jeunes gens? Elle veut parler mais on n’est pas toujours disposés. C’était mieux avant le village… On rit avec la table à côté et on menace de leur envoyer Suzanne. Les autochtones n’en peuvent plus car elle opère dès 7h 30 le matin. Elle doit faire un certain nombre de km. Elle n’arrête jamais, butinant ici et là.
Mercredi
C’est toujours la même histoire. Je n’ai pas le numéro de téléphone de P. Jamais noté ou noté et effacé. Cette nuit j’ai donc cherché mon cahier bleu à spirales- celui de Rome- avec les adresses. Introuvable. Y a retrouvé mon Filofax ( ça s’appelait comme ça les assez beaux répertoires ). Puis même histoire toujours, R. est introuvable ou ne veut plus me voir. Jene sais pas à quoi cela correspond. Je dois aller au théâtre du Chatelet pour y dessiner le spectacle. Je crois de gens que l’on voyait avec R. Armelle, des acteurs etc. Je leur dis que je ne vais plus jamais au théâtre. Un allemand qui parle Francais me salue et je suis obligée de me cacher car il m’appelle sans cesse.
Il faut absolument que je commence à écrire pour le catalogue et je ne parviens pas à démarrer. Je continue à peindre tranquillement c’est à dire environ 4 h par jours. Ce qui est le plus difficile d’est le chemin vers l’atelier ( environ quoi ? 300 m ). Il fait tellement chaud. Je supporte bien je trouve.
J’ai commencé ( histoire de me reposer de Harry Crews ) Julien dit l’apostat de Lucien Jerphagnon, que j’aime entendre dans des rediffusions. C’est incroyablement compliqué ces histoires Romaines. J’aime beaucoup. Il y a pas mal de temps je m’étais aussi intéressée à Héliogabale et avais lu Artaud. Puis fait chez Maeght des gravures sur bois inspirées (?!!!) de cette histoire. Quant à Dioclétien où avais-je lu qu’il enfilait des mouches sur son épée ou je ne sais quoi. C’es un peu mince pour parler de cet empereur !!! Donc cette biographie est plaisante ( préface de Paul Veyne.) J’y trouve en souriant l’anecdote qui dit qu’Hélène, mère de Constantin ( qui n’a pour moi que le visage peint par Piero della Francesca ) fit un pèlerinage en terre sainte et revint couverte de reliques, dont les clous de la cruxifiction « dont elle aurait dit-on fait incorporer la fonte en partie dans le casque de Constantin et dans le bridon de son cheval à titre de porte-bonheur … » Terminerai-je le livre ou pas; Mystère .
Tremblement de terre près de Naples. Si ça commence aussi à frétiller par là. Tout cela est inquiétant et j’espère que je ne serai pas transformée en crapaud le jour de l’éclipse prochaine.
Hier M. est venue diner avec ses petits enfants et sa marmite ( comme d’habitude ) . C’est sans histoires et toujours agréable. Les gosses parfaits, curieux et calmes. Ca change de cette vision ( sonore ) sur la place ou une enfant de 3 ans déjà trop potelée à le nez dans un jeu qui fait des tas de bruits, pendant que ses parents boivent l’apéritif. Elle a un petit ventilateur chinois, et une gourde qui se termine aussi par un ventilateur chinois. Ces saletés qui finiront je ne sais où. Les filles sont plutôt bien enrobées ici.
Paul Veyne a montré mieux que personne que l’on peut faire vivre en soi et simultanément, plusieurs certitudes qui ne vont pas ensemble. Pour le moment Ulysse, Jésus, Hermes, Hera, la Vierge Marie, les miracles et les apparitions des uns et des autres, tout cela coexistait sans problème.’’
Vendredi
Il y avait quelque chose de rituel. Une image que j’avais découpée, représentant un duel, je vais la retrouver j’espère. Disons plutôt une gravure polychrome, peut être en raison de celles de Lodovico Ottavio Burnacini que le musée d’Epinal m’a refusé. Et en lien avec cette scène une personne qui avait le visage fendu, pas comme l’homme qui rit, mais une béance verticale qui aurait pu figurer dans un musée d’anatomie. Mais la personne vivait ainsi, sans nez , visage au vent pourrait on dire. Comme une gueule cassée…Je ne sais plus trop ce que je faisais là dedans, tout s’est effacé. Ah oui il me semble qu’il était question d’évaluer le cerveau d’une telle personne car des parties exposées à l’air s’étaient minéralisées sans pour autant que Méduse soit passée par là.
J’ai lu un truc effroyable des hommes qui font des enfants à tour de bras ( Elon Musk ou d’autres plutôt milliardaires ) entr’autres, voulant je pense sauver l’humanité avec une nouvelle race en quelque sorte. ça rappelle … En parlant de milliardaires, hier à G, le garçon du bar m’a montré un ticket venu d’un boite à Mégève où il travaillait. 86 000 euros et je ne me trompe pas, prix de quelques bouteilles de champagne millésimées ou je ne sais quoi. Les clients, deux personnes, avaient dîné avant dans un autre endroit. Ça me semble tellement idiot, plus qu’idiot d’ailleurs. Navrant serait plus juste. Oui navrant, désolant, affligeant, Si je calcule bien, disons que ça fait 2300 euros par mois pendant 3 ans. Misère. On a immédiatement envie de devenir ermite, de se cacher, de vivre comme un saint au désert.
A cette heure-ci, 10h la terrasse est encore praticable et je suis bien sous le parasol.
Dimanche 9 / je regarde, nous sommes partis le 17
Histoire de ne pas restés enfermés au hameau ( ce qui me va tout à fait-le café sur la terrasse, arroser, papoter en mode radio platane avec les voisines, parler avec Noa, bien courageux et qui travaille sans cesse… ) et rêvant d’être les pieds dans l’eau nous voici dans un hôtel bord de mer. Maintenant que les gens ont quitté les transats et matelas ça me convient mieux car j’ai eu une sensation d’oppression, de qu’est ce qu’on fait là au juste. R. Se moque de ma panique, une sorte d’angoisse et d’agoraphobie alors qu’il n’y a pas non plus 1000 personnes. Il dit que tout ce qu’il voit ressemble à un dessin de Sempé. Ce qui est vrai. Vu sous cet angle je ris. Le petit chien, le Monsieur à brioche… Mais résolument notre coin habituel me plait davantage. A 8h le matin même si en Aout à cette heure nous ne sommes pas les premiers… Certes il faut y aller mais ce n’est pas pire comme on dit. Car même si la route tournicote vers La Garde-Freinet il n’y a pas 50 ronds-points et feux. Ces nouvelles sont passionnantes. Mais la route dans les vignes pour venir ici est vraiment belle. A la CV l’eau est transparents et on n’a plus pied très vite. Disons que c’est plus sauvage même si je vais moins loin sans monopalme.
Je poursuis la vie de Julien l’apostat, m’intéressant aux moments où il est question des oracles chaldaiques. Je pensais avoir un livre des Belles lettres à ce sujet mais non( si je l’ai !!! ) ce sont les Lamelles d’or orphiques que j’ai depuis bien des années . J’adore ce petit livre qui contient de très belles phrases que je retrouve dans mes notes:
Tu trouveras à gauche de la demeure d’Hadès, une source,
et près d’elle, se dressant, un cyprès blanc : de cette source ne t’approche surtout pas.
Tu trouveras une seconde source, l’eau froide qui coule du lac de Mnémosyne; devant elle se
tiennent des gardes.
Dis : ‘Je suis fils de la Terre et du Ciel étoilé ; ma race est céleste, et cela vous le savez aussi…’
Je suis desséchée de soif et je vais périr: donnez-moi donc rapidement l’eau froide qui coule du lac de Mémoire ».
Et eux-mêmes te donneront à boire de la source divine; et à partir de ce moment, parmi les autres héros, tu régneras. Et, de ce moment, avec les autres héros, tu seras souveraine. »
Lamelles d’or orphiques. Instructions pour le voyage d’outre-tombe des initiés grecs, lamelle de Pétélia (fin du Ve siècle av. J.-C.), édition par Giovanni Pugliese Carratelli, Les Belles Lettres, 2003, p. 61.
C’est magnifique non?
Rien à voir avec cette atmosphère de vacances qui m’empêche de réfléchir. C’est sans doute fait pour cela. .Mais qu’est-ce que j’ai à être difficile comme ça.
J’ai regardé un court métrage qui m’a intéressée. Sur Arte, Diego.
Je crois que je vais m’arrêter là car la vue des bateaux blancs me coupe les ailes quelque peu !!!!
Nous avons diné avec AL. ça m’a fait plaisir de la voir!. Ce matin j’ai observé depuis le lit le jour se lever. Carte postale genre Azur ( les cartes postales des années 70, signées en bas à droite ) garantie. Je me souviens de ces images presque chromo qui faisaient rêver. Et on ne savait pas trop quoi écrire à ses proches. ( je vais bien, il fait beau, je m’amuse bien, meilleur souvenir , tout cela écrit en biais!!!! )J’en ai souvent écrit de mon propre gré et elles ont terminé leur vie non pas chez un quelconque destinataire, mais dans une des pochettes de la portière de ma voiture. Timbrées, prêtes à voler. J’ai un réel problème avec le courrier à poster. C’est un enfer.
Me suis baignée avant 7 h -un délice- puis, m’étant habituée au contexte j’ai repris plaisir aux choses: café, lecture, baignades et on recommence. Suis allée jusqu’au port. C’est moche ces constructions, ces villas « la vague « et autre nom marin. Je repense aux descriptions de la côte d’azur, de la Provence pendant et avant la guerre. Ça devait être sacrément beau. C’est à Sanary je crois qu’il y avait des artistes américains, Edith Warthon… Fitzgerald… J’ai un livre là dessus que je n’ai pas lu. Des allemands comme Lion Feuchtwanger ( je cherchais son nom depuis hier ), Werfel, Thomas Mann, des Allemands avant 1939 ( ils ne devaient pas être très fêtés après 14 )
On est allés vers Hyères dont les abords sont moches. Puis sans s’arrêter ( villa Noailles fermée le Mardi et de toutes façons je n’avais pas envie…) on a filé direction le hameau en prenant les petites routes dans les vignes. Retrouver avec joie ce hameau et acheter des figues, des tomates, du raisin devant une petite église et une ancienne école sur la route de Pierrefeu. J’adore ces paysages de vignes. J’ai travaillé en arrivant. Et nous avons repris notre table sur la place, et observé les uns et les autres. X est seul depuis qu’il ne peut plus parler. Lui qui faisait du bruit et s’esclaffait avec drôlerie. Il porte beau comme on dit, mais parfois on croise son regard de coulisses si on peut dire et il est triste. Ce que je conçois. Ne plus pouvoir être compris par ceux qui autrefois étaient sa compagnie c’est difficile, mais on peut aussi faire un effort et c’est à se moment là que l’on évalue la vraie amitié… Hier on l’a invité à notre table . Avec un stylo pour quand je ne comprends pas. On a ri, il était content!
J’ai terminé Body de Harry Crews et souvent j’ai éclaté de rire. Je ne sais pas comment il réussit cette comédie humaine bien américaine. Entre celui qui est surnommé La chauve souris , Clou, dingue avant mais surtout après le Viet Nam, Le mur, Earline … c’est un festival de dialogues souvent désopilants mais aussi touchants. Le directeur de l’hôtel et sa perruque, le père et sa Camel au bec, vissée pour toujours. Tout cela dans une ambiance de muscles, de poses, d’altères et d’huile pour le corps. Le Blue Flamingo acueille le concours de Miss Cosmos.
Donc mon rythme est celui-ci . Lever avant 8 h. Faire du café, le prendre sur la terrasse, lire. Et travailler l’après midi après une sieste ou pas. Peindre jusque 19H, arroser et aller sur la place. La journée passe à une vitesse folle. Aucune contrainte. Salades de tomates délicieuses des voisines chaque jour… figues, framboises du marché, pastèque et melon ( moi qui n’aime pas trop les fruits ) .
Disparition de Vincent Dieutre. Je l’aimais bien.
Il faut absolument que je commence à écrire. Allez demain . 15 aout c’est une bonne date.
Evidemment je n’ai toujours pas commencé!
Il y a un type sur la place un peu étrange , qui a une cicatrice sur le crâne et une oreille en moins. Par commodité, je l’ai surnommé coton tige. Son nom c’est Didier. Il a l’air un peu simplet mais cependant il est vif. Crâne rasé, petit et sec, rapide avec son maillot de foot. Une gueule de marginal, quelle fut sa vie? L’autre soir, le 15 ( nous ne sommes allés à aucune procession vu la chaleur ) on le regardait danser seul et pas mal d’ailleurs avec son verre de Whisky. Il s’était fait beau en blanc tout propre. Son chien, un bon toutou frisé dansait avec lui. D est passé près de moi et m’a dit en riant, je suis défoncé jt’e dis même pas comment. Il est de ceux que l’on regarde et à qui on prête plusieurs vies. Quelle enfance, où, quoi , comment? Il rit souvent. Je l’aime bien. Et il y a des choses quand même bizarres dans la vie. Le trouvant à l’intérieur du bar vide ( tout le monde est dehors pour le spectacle dansé ), on parle un peu et je ne sais comment vient cette conversation sur les voyages. Il me dit qu’il est de Jacksonville… Je luis dit Pardon? Objectivement qui parle de Jacksonville, quand avez vous entendu parler de la Georgie, la Floride et Jackson ville? Il faut bien répondre: Jamais. Mais moi, Moi, MOI qui suis une rareté, il se trouve que justement j’ai regardé où était Jacksonville il y a peu. Et pourquoi? Eh bien car alignant les livres de Harry Crews depuis un mois, il se trouve que non seulement apparait régulièrement cette ville dans ses récits mais que lui même, est né où? A Jacksonville. Je n’en revenais pas. Bon Didier m’a avoué ne pas connaitre le Dakota, plus que Jacksonville ou tout coin des States. Est il allé plus loin que Gonfaron je le crois.
Mais penser que ce gars est le type de personne que décrit HC! Des sortes de déclassés, marginaux qui prennent et donnent des coups, sont capables de couper d’un coup de hache la main d’un mec posée sur une clôture, boivent une quantité démesurée d’alcool, fument une cartouche de Camel en 30 minutes et écrasent leurs mégots sur la moquette, ne connaissent pas leur père, sont obèses, sont squelettiques, féroces, caractériels, pleurent, sont fauchés puis soudainement riches, ont le visage défoncé par la boxe, ou chassent des serpents, ou se suicident parcequ’elles ont perdu le concours de Miss Cosmos à l’Hotel Blue Flamingo.
J’étais ravie au sens propre, de cette coïncidence.
Une autre rencontre bizarre, un type que je connais de vue depuis pas mal d’années et qui est comment dit on, la spécialité en médecine qui consiste à couper les gens en deux Anatomopathologie, anapath… Il est plutôt spécialisé en autopsies. J’aime bien faire parler les gens. Ça m’a semblé exotique. Il est discret et pas du genre a mettre devant mon verre des boyaux et autres substances sintis d’une cage thoracique. C’est une bonne chose.
Des rêves dont le plus désagréable est celui où mon crâne est en une matière qui ressemble à des gaufrettes. Berk. Et il y a ici et là des touffes de cheveux noirs. Re berk. Je ne sais plus le contexte. Ma Rolleix achetée le matin, fendue une heure après alors que je plongeais dans une piscine et ma montre de secours dans le cadran de laquelle je voyais une petite araignée et deux autres insectes peu ragoutant. Grande table et réunion théâtrale avec R. Je quitte la place en me cachant, et hurlant que je déteste et le théâtre, et les acteurs. Puis je cherche le dentifrice, trouve du Nescafé…. Bref. Cette nuit je cherchais un restaurant vietnamien. On m’a offert des skis très beaux et les bâtons par contre étaient en plastique. Suis entrée dans un magasin de vêtements pour ados. Il y avait une piste au centre, juste de je ne sais quoi. C’est bizarre ces plus que minuscules insectes qui volent.
J’adore être sur la terrasse et miracle ce matin il faisait frais. J’ai bien dit frais. Bon…. Café et écrire mon texte. Gilles m’a téléphoné à 7h . Il s’est coupé un doigt et doit faire un bureau avec 6 tiroirs !!!! Quelle aventure. Lui qui vit seul, parle très peu suite à sa chute d’échafaudage. Ca m’a fait plaisir de l’entendre rire de son doigt coupé. En fait il m’appelait pour la Sainte Hélène…
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