
Ça me revient à l’instant alors qu’Eugène est en train d’écouter Charity et qu’il ne veut pas qu’elle l’appelle Cogneur. ( Harry Crews /Le roi du KO ). A ce propos j’aime beaucoup cet auteur. J’y prends le même plaisir que parfois au cinéma quand on ne reconnait pas les acteurs pour la bonne raison qu’ils ne sont tout simplement pas des acteurs. Ici je ne reconnais pas les histoires. Cette fête du serpent dans La foire aux serpents est juste incroyable. Des mondes étranges dans des coins reculés. Des filles usées avant l’heure et maltraitées. Un shérif qui met en taule toute femme jeune ou vieille qui lui résiste et des crotales, des serpents à sonnette, des vipères, des cobras. Tout ça se tortille en glissant comme les majorettes du coin, les majorettes de Mystic. L’une d’elle deviendra la reine ce jour-là et on brulera l’immense serpent de papier. Beaucoup d’alcool, des noirs, de la poussière, des personnages jamais rencontrés ailleurs. Des combats de chiens rendus féroces, des bagnoles déglinguées, rafistolées, moribondes mais qui roulent, pick-up ou autre, qui arrivent au milieu de nulle part à toute vitesse dans un nuage de poussière.
Cette nuit, j’étais avec B. On avait à commander une plaque de carton, j’étais passée chez Arte ou le personnel d’il y a 30 ans était toujours en activité. Dans une ville en plein air, deux types faisaient une conférence. On les a recroisés plus tard. Ce que j’avais à faire était flou. Je suis allée au supermarché où des gens erraient. Les rayons étaient soit vides soit emplis de nourriture pourrie. Je n’avais pas de monnaie pour le caddie. Puis j’ai voulu mesurer une feuille de papier et n’ai jamais réussi. Un enfer. C’était pourtant très simple. J’ai roulé vite en voiture dans une grande ville, puis marché avec B que j’ai perdu. On a traversé un restaurant Italien qui avait l’air bon, j’ai atterri aux beaux arts. Je suis repartie dans l’appartement où Anne m’attendait. J’avais donc perdu Benoit. R. Injoignable. C’est à ce moment là qu’on m’a désigné ce garçon: une bonne mine et des cheveux ébouriffés. Il m’a dit regarde j’ai une oreille dévissée. Oui, une vis pendait au dessous de son oreille en biais. Ce n’était pas un vrai garçon-on me l’a signalé- mais un robot comme vous et moi. J’étais sidérée. Et ensuite j’en avisai d’autres personnes en leur disant que pour moi il y avait un avant et un après. Cette rencontre et la possibilité d’un clone humain me faisait une sale impression, comme un dégout. On lui faisait faire des choses minutieuses. A un moment il s’est affalé/panne de batterie. Deuxième nuit dehors. Cette fois ci il a fait à peine frais.
Quelques jours plus tard le 31 juillet
Je me sens mieux. A l’arrivée j’étais perdue comme à chaque fois. Mal dans ma peau, moche, envie de rien. La première chose systématique que je fais c’est malgré le blues, d’ouvrir l’atelier d’y transporter ce que j’ai descendu comme matériel. Déjà, c’est un point de repère. Ensuite accepter de tenter la décontraction. Maintenant que je sais que tout le monde est parti en vacances et ne m’appelera pas. Youpi dirais-je. La mer pas de monopalme cette année à cause de la fracture du métatarse qui me fait toujours souffrir. Un pincement sur le côté du pied. Je me lamente, je râle. Marcher dans le sable est douloureux. Au rayon bobo, ce matin une guêpe est venue m’embrasser sur la bouche puis a déposé un mot sur ma main. La saleté!. Ça va. Nous dormons en bas car je ne réussis pas à rafraîchir les chambres. Impossible de trouver un rafraîchisseur d’air ( suis allée dans l’horrible zone à côté de Toulon ou se côtoient ( on connait par coeur ) les chambres mortuaires, les boulangeries artisanales de 500 M2, Ikea, Castorama, Carglass, et autres magasins déprimants. Sortant de chez Boulanger et voulant mener une enquête ethnologique, je suis rentrés dans une surface genre Gifi ( !!! ) qui vend uniquement des saletés inutiles: du parasol qui va fonctionner 3 jours, aux bonbons pour obèses en passant par des moustiquaires, deux ventilos à 29,99, des chaussures en plastoc, des chaises, des anti-fourmi et plein de choses que je ne reconnais pas sans mes lunettes et c’est mieux de voir flou parfois plutôt que de se demander ce que cette profusion deviendra et qui elle envahira une fois morte. Je prends néanmoins un des derniers ventilateurs de la région, que je cueille comme une tulipe après l’avoir débranché. Deux dames devant moi ont jeté leur dévolu sur quelques fleurs en plastiques. Un joli bouquet « infanable »qui sera posé sur une tombe ou dans un petit salon; Bruits d’hélicos. Ça brûle à Brignoles cette fois ci et on sent le roussi dans l’air. Bon … suite plus tard, direction le marché de Pignans et le Bar des Sports que j’aime bien. J’achète des framboises pour les voisines. Et des oreillettes saupoudrées de sucre glace. J’ai poursuivi ma lecture de Harry Crews. J’ai commencé ( pourquoi? Sais plus … le hasard je ne crois pas… ) par La foire aux serpents, puis Le roi du KO, puis La malédiction du gitan. J’ai commencé Des mules et des hommes plutôt autobiographique. Ça fait un peu penser aux raisins de la colère.Ce livre a été écrit pour mon garçon lit-on au début puis : « Survivre est suffisant comme triomphe » David Shelley /conversation .
J’ai recommencé mollement-doucement à peindre mais je ne me refuse plus des siestes que je trouve délicieuses mais me laissent un peu sonnée. La mer et retrouver son corps même si ce pied m’embête. J’ai mis du baume du tigre dont j’adore l’odeur.
Oublié de parler de mon aller retour à Lens ( Crans-Montana ) en Suisse ? Partie vendredi midi et retour le lendemain. Invitée par Samuel Gross que j’avais rencontré à Genève alors qu’il s’occupait des expos au Musée d’histoire. On avait sympathisé et maintenant il s’occupe de la fondation Opale spécialisée dans les arts Aborigènes. ( je n’y connais rien ) .Beaucoup de personnes disent Arborigènes. C’était très beau ces montages et ces vignes en espalier, le glacier au loin. Même si la montagne m’a toujours plutôt angoissée. Bref il s’agissait de visiter l’exposition de cette femme incroyable, Emilie Kam ( pour faire court ) qui a commencé à peindre à plus de 80 ans, était guérisseuse etc… L’expo a été présentée aussi à la Tate. Puis de dialoguer avec Samuel devant le public Il y a eu pas mal de monde. On est reparties assez vite mais c’était vraiment très agréable. Bien sûr je m’étais un peu renseignée sur les aborigènes et j’avais dans le train regardé le film de Herzog… Dans le titre il y a rêve et fourmis vertes. J’ai aussi découvert ces fourmis dont la reine je crois est réellement verte. Elles cousent des énormes fourmilières.
Hier on a regardé les hirondelles. Elles volaient au dessus de la place en tourbillons magnifiques. Il y en a plein dans le hameau.
Ah oui j’oubliais mon rêve. J’étais avec Andy Degroat ( disparu il y a ? Ans, 3 ? )et on marchait côte à côte. J’avais à la main une photo Polaroïd un peu passée des années 70 et je ne savais pas comment lui cacher. Donc ne pouvant reculer je lui ai montré avec une certaine gêne. La scène photographiée représentait un enterrement. On voyait quelques personnes au premier plan et derrière les porteurs de cercueil. Andy m’a dit qu’il ne savait pas où c’était. Et pour cause pensai-je. Il ne se voit pas sur la photo. Je me demande si je dois l’éclairer… Je lui dis heu… tu es dedans. Dans quoi me demande t’il ? Dans la photo … Je suis effarée de lui dire la vérité: Tu es dans la boite et c’est ton enterrement. Il en a le souffle coupé. Je suis mort alors? Oui tu es mort. J’ai prévenu Jean et les autres que j’avais dévoilé le secret et qu’il fallait bien que quelqu’un lui dise. Après je ne sais plus… Après il y a eu une sorte d’abbaye splendide. Et encore après j’avais un coup droit du tonnerre et courait comme un lapin fou au tennis.
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