Je radote/ Tampis/ Tant pis

Semaine un peu tendue avec les examens en vue de R. En fait, avant c’est angoissant car on imagine. Après, ce n’est pas drôle mais la réalité est préférable. A suivre. L’équipe à l’IRM de la clinique de Turin ( incroyable d’avoir eu un RV trois jours avant ) est vraiment sympa et c’est tellement important car nous sommes tous fragilisés par l’inconnu/ suspence: Qui y’a t’il. Y a t’il quelque chose / et la peur. C’est là je radote: Au rayon pas très amusant, enterrement de Guy, acte II après Saint Roch la semaine passée. Cheminer entre les tombes, boue et feuilles, attention à ne pas glisser. Les fleurs et couronnes de la semaine précédente n’ont pas mal survécu. Nous sommes peu nombreux . N. lit un court poème de Carver que je suis moi même entrain de lire et qui est dans ma poche. Certains d’entre-nous ont vieilli ( moi aussi ! ), on entend de drôles de choses incongrues : Tu as tes mots de passe enregistrés toi? Parce que GRDF me dit que le mien est mauvais !!!! C’est X qui me parle de sa consommation de gaz alors que nous passons devant je ne sais quel monument. Avant il m’avait demandé si ça allait avec Hauser. Etonnée par cette question du domaine professionnel je ne me suis pas offusquée, car face à la mort et la vue d’un cercueil que l’on descend dans un trou, chacun réagit comme il peut. Par contre au café il ne me semblait pas indispensable qu’une autre X évoque les « mauvais côté de » de Guy en guise d’épilogue. Bref. Nobody is perfect . J’ai été contente de revoir des amis de Guy et la petite bande si on peut dire.

Toujours le museau dans les collections et RV avec C pour en parler. Nous nous amusons ( le mot est peut-être mal choisi ) à demander à ChatGPT de construire l’exposition. On rêve! Evidemment que c’est imparfait mais en 10 secondes mouliner des informations justes et les assembler de façon correcte, les bras m’en tombent quand même. C’est un sacré problème « ça ».

Terminer le grille Grignan- tiens du soleil, passer à l’atelier et y donner deux coups de pinceau dans le froid humide que j’oublie quand je peins. Me dire qu’il faut que j’achète une nouvelle perruche car celle ou celui qui reste doit vraiment s’ennuyer même s’il est en liberté.

Récupérer Magma III, la magnifique revue-qui doit peser 5 kg – Paul Olivennes ( suite à la belle expo rue de Turenne au moment de Art Basel. )

pom pom (pom)pidou 1

Humeur maussade et inquiétude. Cérémonie à Saint Roch pour Guy. J’allume les cierges autour du cercueil. C’était  » réussi » même si le mot est vraiment mal choisi; Disons que le curé était bien et les prises de parole aussi. On a mangé un truc après. Contrairement à ce qui était prévu, l’enterrement n’a pas suivi mais a été déplacé demain. J’aurais préféré « tout d’un coup ». Bref.

Cette semaine a été passée nez dans l’ordi dans les collections du Centre Pompidou en prévision de l’expo. C’est assez fastidieux. J’ai fait des captures, des dossiers de ce que je choisissais. Sans réfléchir. Et sans me demander pourquoi telle ou telle oeuvre. J’essaie donc dans un premier temps de « ne penser à rien ». Il y a l’attirance formelle, la sympathie intellectuelle, l’esthétique premier degré, mais aussi ce qui me surprend: Neige  1923 de Bram van Velde  ( qui est un peintre qui m’ennuie plutôt). Il a eu la chance de rencontrer Beckett !, Trois personnages dans un paysage de montagne de Dubuffet ( 1924-25 ). La neige et la montagne ! Neige: Deux personnages au premier plan nous regardent. Un homme de dos se dirige vers un village. Trois personnages dans un paysage de montagne: Deux figures présentent leur main ouverte comme s’ils allaient en regarder les lignes. L’homme à droite a l’air effaré. A t’il compris ce que le destin allait lui réserver? Beaucoup de peintures abstraites comme Ad Reinhardt ( derniere peinture N°6 1960 ) , mais aussi un Buren de 1966 Peinture aux formes indéfinies, un ou deux Ryman, Debris 03 de Degottex 1980… Beaucoup d’artistes dont je n’ai jamais entendu parler : Hildebrandt, Fruhtrunk, Olivera Fairclough … 

J’ai choisi aussi des dessins qui me surprennent: De Villon une tête d’homme hachurée, comme s’il s’agissait plutôt du portrait d’un échec, des Cocteau qui ne lui ressemblent pas encore : Etude pour Vers l’âge adulte le zeppelin éclate 1915 et Le zeppelin mange de 6 à 12 hommes: Ici pas encore cette manière que je n’aime pas du tout et qui fera qu’on le reconnait même dans le brouillard ! Surprise de trouver des Roger Blin ( la sonate des spectres ). Je me souviens de son visage particulier et de mon émotion un jour d’hiver juste derrière le centre: Nous avons traversé la rue « ensemble »! J’adore je ne sais pourquoi The Lone cowboy de Percy Crosby. Who is this Guy? Mystère. Moi qui n’aime pas beaucoup les aquarelles en général, celle-ci m’enchante et me propulse en un endroit bien précis: Le bord de la route que nous empruntons pour aller à la mer. A un moment précis le paysage se transforme en lieu idéal pour un west-ern et nous commentons uns scène nouvelle à chaque fois . Ici le cheval semble voler, plus rien ne le retient au sol. Peut être me fait-il penser au cheval  en fer chevauché par un cowboy, un jouet  que j’avais enfant et que je remontais avec une clé. En cavalant il faisait clic clic.  J’ai le même plaisir en observant quelques dessins anonymes faits au crayon de couleur. Sur le premier, une femme en robe jaune se tient bien raide, elle semble déterminée , tant et si bien qu’elle penche presque en arrière. Elle tient un petit sac et a posé une plume bleue dans ses cheveux. Elle est suivie par un monsieur à coiffure bizarre, moustache et petite barbiche. Lui aussi penche vers l’arrière. Marchant de droite à gauche, où vont ils? C’est finalement le hors-champ qui m’intrigue. La légende précise que c’est un leg de Nina Kandinsky. Je pourrais décrire ainsi tout ce que j’ai choisi. Je me laisse guider par un élan d’étonnement et parfois de répulsion. Parfois un titre me surprend et oriente mon choix. Par exemple chez Cocteau à nouveau: Etude pour atrocités 1915. Le titre est, me semble t’ il en totale opposition avec ce que représente pour moi Cocteau: Un personnage sautillant ( sauter de branche en branche, disait-il, mais toujours sur le même arbre ), un être élégant un peu superficiel, un anti-Artaud ! agaçant mais extrêmement doué, trouvant 1000 formules surprenantes, s’affairant sans cesse depuis son jeune âge du théâtre au cinéma, de la littérature aux mondanités … Ce qui m’intéresse comme plus loin Dufy, ce sont finalement les artistes qui peuvent être doubles: Ad Reinhardt et ses dessins de presse, Cocteau journaliste et dessinateur dans Le mot, Dufy pendant la grande guerre, Magritte et sa période vache… Je n’aime pas du tout Chagall et me souviens de mes soupirs au musée à Nice !!! J’ai quand même retenu maquette pour le costume démon, oiseau de feu 1945. Son travail au théâtre est ce qui m’intéresse davantage. Je m’aperçois que j’ai aussi choisi des scènes ou apparaissent drapeaux, blasons, soldats et autre signes guerriers. Quelques scènes dans les camps aussi… Même si Dufy n’est pas un peintre auquel je pense souvent, je découvre des oeuvres qui sont domaine de l’imagerie et lis: 

Raoul Dufy, engagé volontaire début 1915 dans le service automobile de l’armée, a été nommé de février 1918 à avril 1919 à la Bibliothèque-musée de la Guerre auprès du collectionneur Henri Leblanc, et avait pour mission de faire entrer dans les collections des œuvres d’artistes modernes aux cotés de journaux, cartes, affiches, catalogues, cartes postales, photographies, et aussi porcelaines, médailles, armes, bons points, tapis, tissus, jeux, imagerie… Durant la guerre, il donnera une forte orientation patriotique à ses dessins comme sa fameuse Pochette des Alliés qu’il vante ainsi : « (…) tout soie, ourlé main, grand teint, (…) honoré d’une souscription de la Croix-Rouge, béni par le Pape, agréé par les différents ministères des différentes nations civilisés des différentes parties du monde ! Plus de rhume, de cathare, de bronchite… Mouchez-vous dans les mouchoirs des Alliés ! ». (Lettre de Raoul Dufy à Fernand Fleuret, 13 février 1915.)
Une grande partie de sa production durant la Grande Guerre sera inspirée de la tradition de l’imagerie populaire et patriotique apparue à l’époque napoléonienne, époque nostalgique de la grandeur de la France et des batailles encore dignes de ce nom. L’image ci-contre paraît dans la revue de Paul Iribe et Jean Cocteau Le Mot, comme œuvre d’artiste.

La sculpture de Antony Caro : Table Piece CCCXC me fait vraiment penser à la maison de Buster !!! voir aussi

Le type était assis et plongé dans son téléphone mais on ne voyait absolument pas son visage caché par un rideau de cheveux noirs. on aurait dit une drôle de bête et ça nous à fait rire. Puis il s’est levé . Je l’ai observé. Ses mouvements étaient étranges et plutôt sans coordination. On aurait dit un clown, des meilleurs, quand rien ne correspond à rien et que tout semble contraire à ce que nous ferions  » nous « , quand le mouvement d’un bras cherchant une manche ou s’enfonçant dans une poche est désopilant. Trois fois rien qui suscite le rire. C’était le cas. Comme les gens qui bégaient parce que trop de mots se présentent, lui, bégayait du corps pour ainsi dire. Il voulait enfiler son manteau mais en même temps chercher son téléphone. On aurait dit un numéro de Fregoli. Je lui ai dit et il ne savait pas ce que cela signifiait. Vous êtes italien? Non. Grec. Voilà et il a disparu. On a devisé là dessus et on est rentrés. Hier suite si l’on peut dire de l’enterrement de Guy. Nous étions peu à suivre le cercueil, en prenant garde de ne pas glisser dans ce petit chemin à travers les tombes. Ne parlons pas de celles de France Gall ( on dirait une grande cabine téléphonique ) et d’une autre qui devait être un ascenseur pour le paradis. Puis je file aux Beaux arts pour ce que l’on appelle une gratitude. C’est un hommage à un professeur qui quitte l’école. Ca faisait du bien de rire un peu.

VICTOR & OSSIP

Dans l’exposition actuelle Hugo décorateur

C’était le jour de la mauvaise nouvelle et j’avais eu plaisir à aller ( plutôt qu’au vernissage de Paris Photo ), à celui du Musée Victor Hugo. J’en ai certainement déjà parlé mais c’est un musée que j’aime vraiment beaucoup: Hugo décorateur. Dessins, objets, fabrications étranges et maison de poupée. Dommage que Gerard Audinet qui a vraiment fait des merveilles Place des Vosges et à Guernesey parte. Amiens le WE du 11 novembre. Rien fait, temps épouvantable. En rentrant à Paris nous buvons un verre au QG. Discussion avec un travesti, BB arrive et quelques personnes. Je pense souvent en voyant les femmes de ménages et concierges portugaises qui sont des habituées, à ce film dans lequel Lucchini monte au sixième étage de son immeuble bourgeois, au rayon chambres de bonnes de l’époque – et qu’il y découvre un monde bien plus amusant que le sien. J’alterne entre la Cantine de la Cigale et Les artistes. Ronron. Peinture et nécessite de penser à l’expo de 2027. N’arrive pas vraiment à m’y mettre et à inventer quelque chose à dire pour le rendez-vous du 4. Il faut. Je commence vraiment demain. Arts et sociétés à Science Po. La personne invitée parle de la collection des moulages ou cires ?de l’hôpital Saint Louis et ne montre aucune image. Son livre s’appelle « Soigner l’image  » . J’étais assez méfiante et depuis lors, ce titre me semble finalement insupportable. Soigner une image? Mais qu’est-ce que cela veut dire? Qu’on épargne le visiteur, qu’on met devant ses yeux un filtre pour qu’il ne voie pas? On modifie le réel comme les sensitivity readers? (Dans le secteur anglo-saxon de l’édition, de nouveaux relecteurs sont déjà au travail, on le nomme les « sensitivity readers » et leur rôle est de débusquer dans les manuscrits des phrases ou des situations qui pourraient blesser des minorités ethniques ou sexuelles et provoquer des polémiques.) Ca m’énerve . Tiens je regarde si je trouve quelque chose sur ce livre que je n’ai pas lu et sur l’installation que je n’ai pas vue: Des pans de gaze et de dessins sur gaze se déploient au rez-de-chaussée. L’utilisation de cette matière dans certaines vitrines est comme un pansement 😂 pour amortir la violence de la vue des moulages, comme la violence des maux endurés. Dix paires d’yeux sont dessinées au fusain matérialisant à la fois le regard médical, son histoire, et le regard de celles et ceux qui devaient fermer les yeux pour pouvoir être moulé(e)s. Misère !!!

Pouf pouf. Amortir la violence? Mais pourquoi? Bref. Cette semaine: Signer à l’imprimerie, voir B et M, parler avec Françoise Fabian tellement belle à 92 ans, travailler et râler. M’ennuyer un peu. Ne pas avoir de livre en cours. Ne pas trouver d’idées interessantes. Regarder les modèles de caméras. J’en veux? J’en veux pas?. Décider d’aller à NY avec C. et AL. Apprendre le décès de Guy. Rendez vous avec DG au Louvre en vue d’une estampe à réaliser, diner avec E. et V. Longtemps que je n’étais pas rentrée après minuit !!!! J’oublie l’aller-retour à Nantes. Le projet à réfléchir. Visite Vendredi à Paris photo. Plutôt passage éclair car je ne sais rien voir dans ces trucs. Je mange un très mauvais sandwich, m’en plains et je repars. Croise TG qui m’invite à Cortone et M. qui me propose de faire l’interview à Lugano. Genoux hum hum. Pas terrible. Ca ne m’inquiète pas encore vraiment mais je sais que ça ne va pas s’arranger. Temps triste.Important !!!!: fait le contrôle technique. Ca c’est une nouvelle. Plus sérieusement j’ai commencé le Timbre Egyptien de Mandelstam. Plutôt hermétique dirais et j’ai un peu de mal : En forme de chronique poétique aux accents kafkaïens, un récit étonnant de liberté et de modernité, parsemé de figures de doubles, de réminiscences littéraires et de souvenirs familiaux qui architecturent le labyrinthe onirique du grand poète russe. Où ai-je mis le texte sur Dante.? Nous écoutons religieusement Georges Nivat parler des Conversations avec Dante. Pas entendu son portrait en lien sur France Culture mais la conférence de ce Monsieur que je ne connaissais pas. Ni lui, ni sa coiffure d’étrange oiseau.

A ce moment des sourds muets traversaient la place. Leurs mains gesticulaient comme si elles filaient rapidement. P44/… Ils parlaient le langage des hirondelles et des jeunes mendiants et sans arrêt cousaient l’air à grandes enfilées; ils en faisaient une chemise /L e timbre Egyptien/ Ossip Mandelstam

Belle exposition chez Christophe: Bob Wilson et Pommereule et dans la grande galerie Marina Gadonneix

GUY/Guido

Photo Henri Foucault

« Personnage flamboyant, colérique et contesté, l’homme a marqué l’institution par ses excès et ses coups de génie. Hommage.« 

Voilà Guy, pour toi c’est fait pourrait-on dire. Tu as changé d’adresse et nous en sommes aux hommages ici et là dans la presse. Je suis un peu sans voix. J’ai regardé le SMS qui s’affichait sur mon téléphone alors que je conduisais et je ne savais plus où j’étais. Ce sont les klaxons qui ont mis fin à cette paralysie soudaine. A vrai dire, je ne réalise pas vraiment. On ne s’était plus revus depuis une bonne année et c’est JM qui me donnait de tes difficiles nouvelles. Si je pense à toi au moment où j’écris, c’est Rome qui apparait en premier. Tiens, tu sais le Café Greco va fermer. ( Il n’a jamais été une de nos adresses mais quand-même c’est triste … ). Je revois notre première rencontre à la villa -nous étions arrivés le même jour de septembre 1982- je crois que j’ai parlé vaguement de Don Giovanni histoire de dire quelque chose et commencer sur une base disons « culturelle  » correspondant au lieu et à notre statut de pensionnaires pour deux grandes années !! -nous étions au comptoir du bar tenu par le vieux Fernando- et tu m’as répondu que tu voyais plutôt un autre opéra , correspondant au lieu et à la situation. J’ai oublié mais à ce moment-là j’ai compris qu’il était plus prudent de me taire. Si les emojis avaient existé, j’aurais utilisé celui-ci 😮. Jamais je n’avais entendu de tels propos. On s’est plus tard amusés à reconstituer cette scène oú je m’imitais moi-même en sotte savante tentant de briller, ou tout au moins essayant de ne pas être trop terne. Pendant deux années on ne s’est plus quittés, de notre passerelle à la Tour, de la Tour à l’atelier d’Ingres, mon atelier ( je crois ne pas me tromper en disant que j’ai été le premier artiste vivant que tu as côtoyé ) puis mon autre atelier face au tennis. Il y avait la ville, Rome la nuit surtout quand nous rentrions d’un restaurant ou d’une simple promenade- je t’écoutais parler de l’architecture, on disait des âneries, on hurlait de rire. On se taisait. L’hiver c’était vide et merveilleux. Il y avait la mer, le Piémont et tu m’avais emmenée dans ta famille et présentée comme ta fiancée! . On pouffait de rire dans le lit « matrimonial ». Tu imitais le parler de certains… tu imitais aussi Rosalba, ta maman. J’aimais bien ton père … Calme et peu bavard. A Rome il y avait celle qui a partagé nos deux années: Ma Visa Citroen Bleu turquoise immatriculée 80 . F . tu en étais le capitaine et l’avais souvent ornementée d’écritures et objets assez vulgaires dont tu avais le secret !!! Il y avait les visites dans les musées et c’était merveille de t’entendre, les concerts-tu m’avais fait découvrir Zemlinski- et évidemment le cinéma qui me demandait des efforts car contrairement à toi qui étais bilingue, moi j’apprenais la langue de mon mieux.Il y avait tes amours. La musique, Debussy, les partitions d’opéra que tu lisais aussi facilement qu’un Tintin. Sur le Lungotevere tu me poursuivais en Vespa pour me dire des choses lubriques et je n’arrivais plus à conduire un peu comme avant hier quand j’ai reçu le SMS mais en beaucoup plus drôle. Tu étais un excellent cuisinier et tu m’appelais quand c’était prêt. Je te revois aussi à Anacapri t’enfuir par la fenêtre de l’hôtel où tu étais venu dormir subrepticement. Il y avait tes promenades nocturnes à toi , les jardins, et tu me racontais un peu, il y avait notre ascension vers la Trinité des Monts déserte ( je dis bien déserte ) Car quand j’y suis allée je ne sais plus exactement quand, il fallait se frayer un passage parmi les touristes ) . On soupirait pendant l’ascension ou on se tenait les cotes ( comme lorsque nous avons suivis BHL en disant avec un accent de je ne sais quelle province Française: -Tu le reconnais maman, c’est le philosophe ?. Lui, le philosophe était resté stoïque et ne s’était pa retourné l’ombre d’une fois. On a souvent été morts de rire à cette époque- là. J’avais 25 ans et toi 28. Pompelia Ulysse- quel nom merveilleux – était secrétaire générale et on se moquait de la petite autorité de Tornesi , il raggionere qui nous énervait. Tu révisais ton concours des conservateurs à l’aise me semblai-il. Sans forcer. Moi je peignais non stop. On riait avec Said, Efizio et tout le personnel de la Villa, lieu sublime et peu fréquenté en ces années et dont nous avions la clé. On apercevait Balthus, on croisait Fellini… Tu m’avais écrit mon premier texte qui n’apparait pas dans le catalogue Jungles et loups / anonymat oblige/ mais que j’ai toujours. Quand il eut traversé le pont / cuando ebbe varcato il ponte… . Il y a 10000 histoires. Aujourd’hui encore je suis catastrophée car j’avais répondu un courrier à un directeur de Musée Allemand. Tu m’avais aidée. Façon de parler car tu avais inventé une version quelque peu scabreuse, et l’avais gentiment tapée à la machine. Bien sûr on avait ri de tant de grossièreté, imaginant mon conservateur Allemand horrifié. Puis j’avais posté le courrier à Termini . On ne peut imaginer mon effroi quand je me suis aperçue que j’avais envoyé l’horreur. B. ( suicidé il y a quelques années ) m’avait accompagnée à la gare et protégée des regards. Armée de la fourchette qu’utilisait Efisio pour cueillir les oursins en Sardaigne, j’avais tenté et réussi miraculeusement à récupérer le truc grâce à un adhésif. Après Rome on se voyait moins, toi à Lyon puis il y eut le Louvre, Orsay, le Trocadero et ses soirées inoubliables… Les amis, les costumes, la terrasse… Moi un peu dans mon coin et ayant tout quitté. Toi faisant une carrière qui te mena -apothéose à Orsay où tu fis merveille. Je me souviens aussi de ta tête quand je me suis rasé la mienne, les trucs que tu prenais le temps de me sussurrer à l’oreille au moment des vernissages, tes discours pendant lesquels je t’envoyais grimaces discrètes et yeux qui louchent. Tes expos furent brillantes. Ca frôlait le génie on peut dire, même si tu étais peut-on dire, chiant, injuste et parfois terrifiant !!!! Je le dis sans malice, sans méchanceté et avec admiration. Me traverse l’esprit « le jour du canapé  » quand après un discours géant de courtisanerie prononcé par X, cet objet  » design » jaune me semble t’il, s’était effondré et moi effondrée de rire. Tu m’avais chassée et je riais de plus belle, je hoquetais. Et aussi la chaise Bambi. Chez H et N je crois tu étais assis à côté de moi et tu étais de plus en plus bas- je te regardais de haut- jusqu’à voir ton menton sur la nappe. Les pieds de ta chaise, tel les pattes de Bambi quand il se lève pour la première fois étaient si écartés que tu t’afessais. Je me souviens aussi de la photo insolente où on te voit avec le pape, de l’appartement que nous appelions l’autobus, là tout près d’ici. Et la soirée où tu fis la connaissance d’Euricio… Et aussi… Ho et puis je n’ai plus envie d’écrire.

L’ami du genre humain

J’avais réservé les places depuis deux mois. Et on est partis à l’entracte. Le misanthrope est une de mes pièces préférées. J’ai toujours savouré l’arrivée d’Oronte et son sonnet »:

J’ai monté, pour vous dire, et d’un cœur véritable,

Que j’ai conçu pour vous, une estime incroyable ;

Et que, depuis longtemps, cette estime m’a mis

Dans un ardent désir d’être de vos amis.

Oui, mon cœur, au mérite, aime à rendre justice,

Et je brûle qu’un nœud d’amitié nous unisse :

Je crois qu’un ami chaud, et de ma qualité,

N’est pas, assurément, pour être rejeté.

C’est à vous, s’il vous plaît, que ce discours s’adresse.

J’ai immédiatement été déçue, enfin non.Enfin oui. Le problème est, que pourtant bien placés on ne comprenait pas grand chose. Bien sûr il ne s’agit pas de déclamer comme on le faisait autrefois dans cette même Comédie Française mais il y a des limites. Sur la scène on court un peu dans tous les sens, et je n’ai pas bien compris cette agitation. Bref. « Mon sonnet » s’est évaporé tout comme le texte lui-même. La dame d’à côté n’en a pas souffert, endormie qu’elle était. L’entracte est arrivé et nous a libéré -ouf. Nous n’étions pas les seuls à quitter le navire et en avons ri avec les portiers !Je déteste partir avant la fin mais je ne voyais surtout pas l’intérêt de rester, et d’observer comme au travers de la vitre d’un aquarium des mouvements qui m’échappaient.Voilà ce qu’est une déception. Je me suis rabattue afin de me consoler sur un vieux souvenir: la mise en scène de Vitez- instant svp-je regarde la date :1988 / décor ( je me souviens de la pente) de Yannis Kokkos que j’avais complètement oublié d’ailleurs . On a néanmoins eu le plaisir de boire un verre au foyer, de retraverser Paris en bavardant. Aujourd’hui 1 Novembre. Je ne vais dans aucun cimetière et je pense que je ne saurais pas trouver dans le cimetière d’Amiens la tombe de mes parents et de C. De Beauvais M. m’envoie la photo de «  la tombe d’á côté ». La voisine de celle de ma tante T est qui est un monument qui m’effrayait lorsque j’étais enfant: un lit dans le quel dorment deux êtres.
Je regarde un extrait du Bourgeois Gentilhomme monté cette année par Podalydes au théâtre royal de Versailles. Costumes somptueux de Christian Lacroix. Je ris .Bien évidemment , le Misanthrope n’est pas le BG mais quand même! Je trouve d’autant plus fade cette version presque cinématographique ( sans le son ou alors genre Ophuls quand génialement on ne pouvait comprendre, et c’était une invention.) Il s’agissait d’une matière sonore nouvelle. On en est loin. Et pourquoi pas des micros á ce moment lá🤨? Ben ?

Essais de découpes pour le portail. Achat de coquillages.Visite (s) d’atelier .Fin de l’expo à Bruxelles

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