Jumeaux

Je ne sais pas s’il vous est arrivé de vous étonner de l’occupation de l’espace de certains. Dans la rue, il m’arrive de m’impatienter car entre guillemets, je ne peux pas doubler. Il n’y a que peu de monde mais la personne devant vous, même mince semble prendre tout l’air. Vous passez sur sa droite, justement elle se déplace vers la droite. Vous tentez la gauche, idem. Pour moi cela se termine sur une impatience de chauffard, j’accélère et fais une queue de poisson. Enfin libre de circuler. Et de me faire rentrer dedans par quelqu’un qui en marchant a le nez dans son téléphone.

J’ai pris à l’hôpital sur une étagère parmi les livres ordinaires déjà lus dans des chambres et abandonnés lors de la sortie ( trucs à la Musso, femme de ménage – sais plus l’auteur ) bref ça m’amusait de faire comme Orson Welles -est ce la légende ou une légende – qui avait trouvé dans une cabine téléphonique ce qui deviendrait la Dame de Shangaï. Comme c’était le Domaine étranger de 10/18 je me disais que je ne risquais rien. Je ne sais pas du tout qui est l’auteur et le livre est dans la chambre. Mais après avoir lu une trentaine de pages, ça m’intrigue. Encore une histoire de jumeaux comme chez Agota Kristof, une histoire d’accordeur de pianos ( c’est le titre ); « S’il est vrai que nous ne pouvons vivre qu’une petite partie de ce qui est en nous – qu’advient-il du reste ? » Pascal Mercier, c’est l’auteur. Jamais entendu parler. Professeur de philo.

Dimanche est synonyme de tentative de ne rien faire. tentative un peu plus réussie chaque semaine. J’ai le sentiment délicieux de transgresser. Etre allongée, lire, ouvrir l’iPAD et le refermer, reprendre le livre. Ces histoire de jumeaux me plaisent-elles parce que ma mère elle même avait une soeur jumelle. Violette. Enfant malade et décédée enfant. J’ai souvent pensé que ma mère en eut la vie affectée. On en parlait presque jamais, parfois elle évoquait cette petite soeur avec beaucoup de tristesse. Ma tante T, la soeur des jumelles, quant à elle a souffert de l’affection et l’attention portées à Violette. Quand à la fin de sa vie elle me décrivait cette photo où l’on voit les quatre soeurs je crois, ( je lui demandais pourquoi elle semblait fâchée ), elle me répondait:- « C’est parce que je ne suis pas sur les genoux de papa. ». J’en étais stupéfaite et essayais de la faire parler davantage. Plus de 80 ans plus tard, ressentir toujours et encore cette déception de ne pas avoir son père pour elle seule. Elle faisait aussi des signes d’intelligence à la photo de ce père en uniforme de 14-18, posé dans son cadre au dessus de l’armoire à glace. C’est dans le miroir que je la voyais envoyer des signaux magique à son père, faire des petits mouvements de doigts, des frétillements. Après sa mort je ne suis jamais retournée rue de l’école maternelle? Je m’en veux un peux d’avoir cessé tout contact avec la famille qui s’occupait si bien d’elle? C’est comme ça. Pourquoi, je l’ignore. Laisser des gens sur le côté, les abandonner en quelque sorte et sans vraiment de raisons, je l’ai fait.

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