Phillipe Dagen

Une Chambre à soi
Phillipe Dagen
Réunie par la photographe et dessinatrice HD, l’exposition est , comme l’indique le titre, emprunté à Virginia Woolf, à la fois une réflexion sur la création au féminin et un autoportrait , par artiste et allusions interposées. Si Delprat y est présente à travers ses propres travaux-des «autels» de livres, des écritures et des photographies dans les quelles elle tient le rôle de Claude Cahun, ou d’Anna Blume- elle laisse la plus grande place à d’autres/ Deux tirages rares de Claude Cahun, un de Valie Export et un encore d’Ana Mandieta rendent hommage à ces femmes qui n’ont pas cru que leur sexe devait les condamner au second plan et au silence. Moins connus, les autoportraits de Vanina Schmitt pris au Polaroïd sont à mi-chemin des premières photos de Cindy Sherman et des premiers livres de Christian Boltanski.
Deux photos, Une Afghane en Corse, de Seulgi Lee, et Ca y est, je suis plus pucelle!, de Pauline Curnier-Jardin, préfèrent l’ironie et l’irrespect joueurs.
Mais l’exposition est dominée par la video de Katarzyna Kozyra, Diva Reincarnation, bref récital d’une cantatrice enfermée dans une cage à oiseaux, parabole que la fausse nudité de son corps monstrueux rend plus violente encore.

Sophie Delpeux

Sophie Delpeux
Sous-influences, Maison Rouge
Hélène Delprat qualifie certains de ses travaux de “Fausses conférences”: si leur construction n’est pas scientifique, elle n’en procède pas moins de recherches, d’associations, et d’intuitions. L’artiste s’empare d’une image ou d’un sujet et déplie de manière autant figurative que conceptuelle ce qu’elle peut en tirer, jusqu’à l’épuiser-pour un temps.
Les mouches cantharides constituent le point de départ de l’inventaire présenté ici. La poudre faite avec c et insecte est reconnue comme aphrodisiaque depuis l’antiquité.

L’artiste évoque pour commencer l’usage qu’en fit Sade, la retrouve chez Picabia, Joyce, Burroughs, et, selon ses propres termes, “divague” jusqu’à découvrir derrière l’histoire de cette substance, “une addiction aux fantasmes, aux images et aux machineries”.

Armelle Heliot

Le théâtre macabre et savant d’Hélène Delprat
Blog du Figaro: Le grand theâtre du monde
Armelle Heliot

Capture d’écran 2013-07-06 à 19.03.31

Galerie Christophe gaillard, jusqu’à la fin de la semaine, elle expose, elle s’expose. Tout un théâtre dont elle est le personnage central dans des métamorphoses étonnantes. Alice au pays des morts, des fantômes, au royaume de l’imagination, sans peur de la cruauté du monde.
Elle est d’essence théâtrale. Un peintre, un dessinateur, un sculpteur, une découpeuse de papier, une dentellière en quelque sorte, une farceuse, une féroce, une candide, une lucide, une fille au crâne rasé, une fée.
Pour quelques jours encore vous pouvez pénéter dans son royaume. Elle vous fait passer de l’autre côté des miroirs. Chez elle, blanc et noir, jour et nuit, vie et mort, éveil et sommeil, lucidité et songe, raison et imagination ne sont pas opposés. On est comme dans l’inconscient, on vit sans contraires, sans contraintes autres que celles de très étranges cérémonials.
vue du rez-de-chaussée de la galerie ( photo DR):

Pasted Graphic 1

A la fin de l’automne dernier, dans un gymnase de Montmartre, au coeur de la “Nuit Blanche”, Hélène Delprat avait investi l’espace entre théâtre et créations plurielles, projetant, dans une scénographie complexe comme elle sait si bien les organiser, un film que l’on retrouve aujourd’hui au sous-sol de la galerie de Christophe Gaillard.
On ne raconte pas Hélène Delprat. Décrire serait affaiblir. On n’analyse pas Hélène Delprat. Commenter serait apauvrir.
Il faut entrer dans son monde et accepter les rugosités, les scènes violentes, la recomposition du monde.
Du rez-de-chaussée où sont les oeuvres, dessins, techniques mixtes, formats très différentes, au sous-sol où l’on découvre le film, les échos, un dialogue comme si cette ouvreuse de portes nacrées pouvait seule nous conduire jusqu’au point où l’émotion et le sens se rejoignent.
Il y a du sphinx en cette femme au crâne rasé qui se sert d’elle comme un “personnage” et s’inscruste dans ses films, sur les traces de grands aînés, les passeurs de murailles. Un certain surréalisme, en fait, s’instille dans un monde voué aux apparitions dérangeantes, fascinantes, enfantines. Mais surréalisme n’est pas le juste mot, bien sûr.
C’est un cabinet de curiosités qui n’est pas circonscrit aux murs de la galerie, de l’atelier, du gymnase, de l’usine dans laquelle elle a travaillé…
On rencontre Cocteau et ses comédiennes, on erre dans une usine immense dans lequel elle a tracé ses chemins. Macabres et blagueurs, squelettes et loups sombre vous guettent. “On dirait que je suis……” On dirait que je suis la dompteuse de monstres et de gentils fantômes.
Le film vu d’abord au Gymnase Durantin s’intitule : “Les (Fausses) Conférences”.
Il y a de l’enfance en cette Hélène, LN qui déchiffre le monde comme un immense rébus. Labyrinthe de la pensée, du savoir, de la sensibilité. Passez donc la porte de la Galerie de Christophe Gaillard et embarquez-vous !

“Pour en finir avec l’extension du pire”. Un livre accompagne l’exposition. Il s’ouvre sur un texte de Dominique Païni, Le “Jeu lugubre” d’Hélène Delprat.

Armelle Heliot

Hélène Delprat, dompteuse de songes
Armelle Heliot
Hélène, c’est un poème. Une fille qui rêve les yeux grands ouverts et qui vous ouvre les portes étranges, les portes translucides qui conduisent au pays des songes, de la mythologie, des vérités enfouies. Là où les sphinges dialoguent avec des princes, là où les chats se promènent d’égypte en Inde, là où bruissent tous les savoirs du monde, en un froufrou d’étoiles. Hélène Delprat est l’une des artistes les plus singulières d’aujourd’hui. Elle n’a jamais cessé de travailler. Vertu d’enfance. Toujours en train d’inventer quelque chose, Hélène Delprat. Jamais en repos. Toujours en quête.
Crâne rasé, visage bien architecturé, regard intense, rire éclaboussant, voix au joli timbre, elle a la silhouette d’une adolescente qui serait un peu un garçon manqué. Les dompteuses de mythes ne vieillissent jamais, et Actéon, qui ne cesse de hanter ses tableaux, ses dessins, ses compositions, ses films, ses maquettes, costumes, décors – car Hélène Delprat, Diane chasseresse, a plus d’une corde à son arc – , n’est qu’une des figures d’un monde très personnel mais d’autant plus troublant et passionnant qu’il puise dans le fonds culturel qui résonne en chacun de nous. Démons et merveilles, elfes, monstres ou fées, Hélène Delprat apprivoise tout un monde. Avec elle, on n’a jamais peur des loups-garous, des vampires ou des ogres. Ce sont ses amis. Pas plus ne pourrait-on craindre la mort. Elle a su donner une telle porosité à son univers qu’avec elle, on ne sait plus très bien de quel côté on est…
Ces jours-ci, on va découvrir à Rosny-sous-Bois le spectacle de l’école nationale des arts du cirque, une chorégraphie de Jean Guizerix, avec Wilfride Piollet, des lumières d’évelyne Rubert et le monde fascinant d’Hélène Delprat, qui a dessiné les costumes et les accessoires.
Au musée Gustave Moreau il y a quelques semaines, dans le cadre de la Nuit des musées, le public, ébahi, s’est laissé enchanter par le spectacle et les installations de cette magicienne des humeurs. Avec Alexandra Rübner, elle avait élaboré, dans une grande boîte blanche, lanterne magique aux parois transparentes, caverne immaculée pour éblouissements singuliers, tout un monde d’apparitions, avec paroles, fragments, collages, ombres et marionnettes, découpages aériens, emprunts aux contes et autres fondements mythologiques.
Hélène Delprat est une conteuse.
Marie-Cécile Forest, conservatrice en chef du Musée Gustave-Moreau, un des lieux les plus envoûtants de Paris, aime laisser toute liberté aux artistes. Et elle a eu bien raison. Inoubliables moments. S’il fallait un seul mot pour cette artiste aux dons pluriels et aux curiosités encyclopédiques, on prononcerait tout simplement le beau nom de peintre.
Elle est peintre. Elle a fait les Beaux-Arts avant de connaître les joies parfois sévères de l’Académie de France à Rome. De la Villa Médicis viennent Actéon et ses grands bois, par Ovide, et les cieux de la Ville éternelle. Elle le sait. Dix ans durant, elle a été à la galerie Maeght. Puis l’a quittée en 1995.
Peintre, Hélène . Mais peintre à ramifications ainsi qu’elle le dit en riant. Très juste formule, image du bois de cerf, de sa splendide ramure, image d’Actéon dont elle serait comme le double féminin.
Mais la métamorphose du chasseur de Thèbes par Artémis, qu’il avait surprise se baignant nue, est aussi renfermement dans la prison d’un corps animal… et la ramure est aussi l’image de l’échappée vers le ciel.
Dans son grand atelier blanc d’Argenteuil, bâtiment qui jouxte les voies du chemin de fer et au-dessus duquel passent les avions en lointaines partances – mais un silence de campagne règne ici – Hélène joue avec les fantômes, les sarcophages, le carton, le papier. C’est son support préféré, le papier . Immenses pages carrées suspendues sur un filin et qui se sédimentent sans perdre de leur vivacité ni de leur beauté. Dentelle du temps, feuilletage délicat d’une oeuvre sans cesse revivifiée. à Paris, elle écoute beaucoup la radio en scrutant les écrans de son ordinateur et de ses montages vidéo. Elle écrit aussi son blog, journal de la création d’une Alice qui a traversé tous les murs.
“Je relève des phrases, et des images me viennent…”
école nationale des arts du cirque de Rosny-sous-Bois, les 15, 16, 17 juin à 20 h 30 etle 18 juin à 18h30. Réservation au 01.56.63.05.40.
Participe à l’exposition d’été -commissaire Dominique Paini – à la Fondation Maeght.

Léa Bismuth

L’art dans les chapelles
Léa Bismuth
Pour cette exposition dans la chapelle Notre-Dame des Fleurs, Hélène Delprat a décidé de jouer avec l’aura religieuse du lieu et son histoire, sans chercher à transformer la chapelle en lieu d’exposition traditionnel. Elle place ainsi l’exposition sous le patronage de Sainte Emerentienne, la Sainte de la chapelle dont elle endosse les poses et costumes. Fidèle à son art de la mascarade et du déguisement — et avec une joie toute enfantine — elle joue tous les rôles ; surtout les rôles sacrés et particulièrement ritualisés, à la grande force théâtrale et aux immenses potentialités d’apparat, qui deviennent des sources d’inspiration et d’accessoirisation inépuisables.
Hélène Delprat est à sa manière une iconologue : elle collecte minutieusement les images et circonscrit des ensembles dans lesquels elle installe sa pratique artistique, autant picturale que photographique ou performative. De manière très proche du Georges Bataille de Documents, elle crée des archives obéissant à une réglementation nouvelle, aux rapprochements fulgurants, qui n’ont de logique qu’au sein de son œuvre. Alors qu’elle a pendant longtemps puisé dans les albums Maciet, c’est aujourd’hui vers internet qu’elle se tourne « avec boulimie ». Le cinéma (citons Cocteau, Fellini, Dreyer), la littérature (par exemple Mary Shelley, Rilke ou Walter de la Mare), l’histoire de l’art (elle nourrit une grande attention pour l’histoire des Grotesques renaissants) et l’iconographie populaire (la seule référence à « Chapeau melon et bottes de cuir » vaut le détour) sont également parmi ses champs d’action privilégiés.
Ici, transformée en sainte Emerentienne, elle apparaît dans une niche de bois et devient ce qu’elle n’est pas : une jeune martyre du IVème siècle, à la fin tragique, vêtue de sa longue robe blanche, solennelle, courbant la tête comme on courbe l’échine. Et sur la mitre qui couronne le costume, la mort règne sous la forme de petits personnages sommairement dessinés, à l’aide d’un simple cerne noir. Hélène Delprat appartient à une temporalité baroque où la mort est toujours dans la fête, un monde carnavalesque où toutes les autorités sont inversées, le pouvoir cul par dessus tête. Le grotesque n’est jamais très loin non plus, cet art de l’arabesque, de la grimace et des petites monstruosités. Le macabre sous toutes ses formes — les squelettes, les crânes, la mort portant sa faux sur l’épaule, les ossements, les tombeaux… — prend la première place sur cette scène grand-guignolesque pas si drôle que ça, où l’on gesticule et où l’on se moque finalement de la bêtise elle-même, la vraie, celle des ânes qui braient. La mort c’est aussi celle de Jeanne D’Arc dans le film de Dreyer : un visage qui n’est plus que larmes, à la chevelure disparue et sacrifiée, comme celle de l’artiste. Que reste-t-il alors : une ultime mascarade ou un dépouillement sublime ?
Art dans les Chapelles interview HD

Hélène Delprat

Une chambre à soi
Hélène Delprat

“Monsieur, une femme qui compose est semblable à un chien qui marche sur ses pattes de derrière. Ce qu’il fait n’est pas bien fait, mais vous êtes surpris de le voir faire.”
Une chambre à soi. Virginia Woolf

—Je ne vois pas ce que tu veux dire.

—Tu ne vois pas ce que je veux dire ? Et bien il faut que ce soit une pratique régulière. C’est ce que je cherche…
—Tu es drôle toi… Des filles, et encore d’autres filles… Tu en connais beaucoup toi qui se photographient?… Je réfléchis… Dans l’esprit de Claude Cahun?
—Non pas forcément mais c’est ce qui vient tout de suite à l’idée: Claude Cahun, La Castiglione, Madame Yevonde…
Celles qui osent regarder l’objectif bien en face, déclencheur en main. Sans souci de plaire… de se plaire. Celles qui n’ont pas peur d’être “vues”. Celles qui n’ont pas peur de “se voir”. Celles qui osent “se surprendre de dos” .
—Je connais des filles qui se filment, ça oui, mais qui se photographient, moins. étonnant tu ne trouves pas? Des féministes?
—Non pas particulièrement, même si l’on sait qu’elles ont “fait le travail”- tu te souviens, on les prenait pour des harpies forcément homosexuelles, agressives, moches évidemment et qui en plus se mêlaient de politique! Mais violentes ou pas, activistes ou non, il fallait ça. Et “le travail” est loin d’être terminé en Europe et ailleurs, on le voit chaque jour… On dit encore aux filles qu’elles ne doivent pas monter aux arbres, qu’elles vont se salir et quand on voit une équipe féminine s’entraîner sur un terrain de foot, on les regarde comme des provocatrices. Moi la première. C’est bien là le pire. Et la religion… Et la “tyrannie familiale” dont parle Virginia Woolf, toujours d’actualité….
—Tu connais ce document où elle est photographiée avec turban, fausse barbe et moustaches comme membre de la famille royale d’Abyssinie?
—1910. Affaire du Dreadnought? Oui bien sûr.
Il y a cela aussi, le travestissement, le droit de cacher son visage, d’avoir un faux nez pour de savantes conférences filmées, de devenir un monstre ou un fantôme. Le droit d’être à la fois son père et sa mère, de se transformer en eux. D’être leur image. Le droit de changer de “genre”, de devenir un héros ou même un mort, un objet. Narcisse métamorphosé en table, pourquoi pas ? “Je me vois donc je suis ”.
Le droit d’être seule dans “sa chambre à soi ” ou aux yeux de tous dans “une merveilleuse chambre de verre, où nul bruit ne peut pénétrer, et mon esprit délivré de tout contact avec les faits, libre de s’arrêter à telle ou telle méditation.”
Le droit au portrait raté…le droit de “franchir le pas”… Qu’est ce que cela veut dire…? Ecoute ça:
—“Moi , quand j’ai franchi le pas, que ce soit entièrement maquillée en bleu, ou habillée en institutrice 70’s, je me suis dit qu’il n’y aurait aucune trace de ce que j’aurais fait, qu’après ce serait fini, comme une danse, Pfft… plus rien… Quand on se filme, quand on se photographie, on reste dans l’énigme, on ne peut pas voir. Que penser de nos photos, de nos films? Moi, « le penser de moi » en me regardant, je n’ose pas… et si quelqu’un me surprend devant un miroir, j’ai honte. L’idée de me filmer me rend triste. C’est bizarre de se regarder et de n’y rien voir… de voir une autre…? Non ? ”
Lis donc ce qui suit. Pierre Mac-Orlan avait préfacé Aveux non avenus de Claude Cahun. Il écrivait:
“À l’aube, tout cela disparaîtra. Et il ne restera plus sur une grève sans décor, une grève plus nue qu’une table d’opération, qu’un cadavre féminin poli comme une statue de marbre et tout auprès, comme évadé d’une poitrine inutile, un coeur, ferme et mobile, un coeur nettement vivant avec toute sa machinerie compliquée.” Mars 2011

1 Voir Femmes photographes / émancipation et performance 1850-1940 /Federica Muzzarelli
2 “Tout habitant du pays sans miroir” Claude Cahun
3 “Une chambre à soi”. Virginia Woolf
4 Mail Pauline Curnier-Jardin /Hélène Delprat

Vincent Labaume

En finir avec l’extension du pire
Vincent Labaume

Variation autour du film Les (Fausses) conférences
Texte de Dominique Païni
Loin d’être un simple catalogue d’oeuvres (bien qu’il ait été réalisé à l’occasion de la dernière exposition de l’artiste dans sa galerie parisienne Christophe Gaillard) ou une compilation d’images extraites de son dernier film, Les (fausses) conférences, cet ouvrage de la plasticienne Hélène Delprat (néeen 1957) s’impose comme un livre à part entière, qui tient autant de la tradition du « livre d’artiste » que du« journal intime » d’une démarche singulière. Puisant ses sources dans le fonds mouvant des mythes et des images de tous horizons collectées avec la passion de l’entomologiste, mythes et images qu’elle « pille », selon ses propres termes, en les réinvestissant dynamiquement (par des mises en scène, citations, collages, interviews, notes…) dans la perspective d’une sorte de biographie légendaire. Si la succession des « chapitres » s’apparente à un montage de scénario cinématographique, enchaînant de manière parfois inattendue des séquences ou des aussi disparates que Fellini, Frankenstein ou Actéon, l’ensemble véhicule un « synchronisme accidentel » des images, comme l’évoque Dominique Païni, que n’aurait sans doute pas désavoué Aby Warburg. Celui-ci, dont le nom marque un des chapitres nodaux du livre, se retrouve aussi de manière diffuse à travers toute la composition, en un libertinage aussi érudit que méditatif des sources et des influences.

Vincent Labaume

Gérard-Georges Lemaire

La marche dans les ténèbres

Le noir , Hazan 2006
Gérard Georges Lemaire

D’aucun vont même jusqu’à ressentir la nécessité de plonger leur peinture dans les ténèbres. Plus qu’une attitude théorique, c’est pour eux un moment de paroxysme dans leur quête solitaire, souvent hasardeuse, parfois même imprévisible et par conséquent, sans le moindre programme. Seule une ligne de tension poétique leur sert de guide.
Et celle-ci les rapproche du noir comme s’ils ressentaient la folle tentation de risquer ce pari, c’est à dire de se rapprocher du degré zéro de la peinture, ce point où toutes les couleurs sont comme absorbées par le maelström d’un trou noir.
Hélène Delprat s’y risque en 1986 avec un cycle complet de grands tableaux qui sont autant de plongées dans le noir, la plupart du temps sans titre. Jusque-là elle a conçu ses créations comme autant de scènes théâtrales où le pastiche et l’ironie se mêlent à une désagrégation littérale des codes propres à l’exercice de la peinture. Cette dernière se change en une mascarade où le négritude héritée de l’art moderne est brusquement ramenée à la vérité de l’art africain, les «fétiches» des cubistes et des expressionnistes étant assimilés aux fétiches authentiques des civilisations de l’Afrique subsaharienne.
Cette double perversion des origines s’accompagne d’une vaste encyclopédie d’objets et de signes parmi les quels des hiéroglyphes et des graffitis, dans un remugle permanent de citations tronquées, de relations et d’analogies plutôt hypothétiques, de pures inventions.
Au fil du temps, elle a resserré le nombre des couleurs, se restreignant pour l’essentiel à des teintes sombres. Les verts, les bistres, les ocres, les bleus sont saturés par un bleu éteint puis par des bruns, qui en se brassant, se rapprochent du noir. Et là , elle aboutit à des compositions qui à force d’exaspérer cette inclinaison, finissent par se rapprocher de la monochromie. Ne subsistent plus alors que quelques traces figuratives qui semblent flotter dans une dispersion absolue de leur sujet supposé.
Ce qui est lisible à leur surface semble d’ultimes réminiscences, des graphies égarées dans une montée de l’obscurité, une dernière palpitation de la vie des choses vues ou rêvées quand la peinture a perdu toutes ses justification.
Elle achève cette période aux frontières de la perception en passant par le gris, tremplin grâce auquel elle va renouer ensuite avec tous les possibles de lacouleur. Mais jamais elle n’abandonne le noir, comme Olympia coupable, Amphora ou Uxor, en témoignent.

Christophe Gaillard

Twist and Die
Les peintures, photographies documents et films projetés évoquent la question de la réalité, de la fiction, de la pose, du visage caché et du dessin qui fixe choses lues, vues et entendues comme un magnétophone.
“Twist and Die” est une sorte de Danse des Morts drôle ou tragique * où “Faire un truc par jour” * parmi des Morts et des Vivants serait la règle.
Hélène Delprat utilise toutes sortes de médias, peinture, dessin, video, archives etc… et tente de construire un monde où elle privilégie tout ce qui est caché, secret, imperceptible, invisible: Les revenants, les fantômes, les morts vivants.
Elle affectionne par dessus tout, les visages cachés. Les images des brigades d’intervention… celles des films de Franju.
Tout mélanger: Lire le journal d’Ernst Mann et regarder Zorro puis un film de jack Arnold.
Le cinema “mal considéré” la réjouit: les séries B, “The brain that would’nt die”, l’Homme invisible, Wolf man, Dracula voire les images des Jeux video.
Et toujours les masques, les “Yeux sans visage”, les “Chasses du Comte Zaroff” , “Le plaisir” d’Ophuls et tous les Frankenstein.
Elle aime l’idée de la mort drôle, monstrueuse, grinçante,extravagante,mélancolique…
Les cris/inaudibles, l’horreur/discrète, le rire révélateur de nos peurs non avouées.
* ( Je n’ai pas envie de rire Mister Skeleton)
*(Works and Days/ Video 30 mn )

MONSIEUR PICK

C’était drôle ça

J’ai passé la journée dans le camouflage pourrait-on dire.

Je lis les textes des étudiants.

Pas mal. Mais pas assez de temps accordé à cela je le sens.

Abrutie

Mercredi et Jeudi ça va speeder pour le tableau à finir. Après la quille.

Envie de campagne. A la télé hier j’ai vu que les arbres étaient roux. Ici on ne voit rien.

Ordi réparé. Et celui-ci qui rame

Essayer Première.

Penser à nouveau à un film.

Allez chez BB et commencer

Avec quoi je filme?

NOTES AVANT PERTE

 

J’ai écrit tout un truc avec  des notes et ça a disparu. Non. Non. Et plus d’images dans la bibliothèque. Est ce parceque j’ai changé mon mot de passe??? Il y était question d’oiseaux, de leur chant, de Berlin, de Baltazar Gracian, de peinture, de notes sur les masques de honte.

The largest of Lamb’s five pieces in Conyers’s album, this Gothic image shows a nude woman being stabbed in the heart by Cupid with the specter of a skeleton observing — or directing — the scene. According to Elizabeth Campbell Denlinger, curator of The New York Public Library’s Carl H. Pforzheimer Collection of Shelley and His Circle and co-curator of Shelley’s Ghost, Lamb’s painting is in keeping with the style of art at the time, particularly the work of Henry Fuseli, a Swiss painter who settled in England. His most famous painting, The Nightmare (1781), shows a sleeping young woman in a white gown reclining on a bed; her head and one arm hang over the side, and an incubus (a male demon) sits on her stomach looking out at the viewer. (In mythology, male demons sat on women in order to have intercourse with them.) A horse’s head appears from between dark curtains draped in the background. In Frankenstein, Mary Shelley portrays Victor Frankenstein’s wife’s death similarly: “She was there, lifeless and inanimate, thrown across the bed, her head hanging down and her pale and distorted features half covered by her hair.” In the 1931 film version of Frankenstein, Elizabeth doesn’t die when the Creature attacks her, but director James Whale lingers on the image of her limp body on the bed before Frankenstein rushes into the room to revive her. Denlinger also notes that Lamb may have been influenced by William Blake, who she knew, and by Gothic literature by authors such as Ann Radcliffe and Matthew Lewis. Lewis visited Percy Bysshe and Mary Shelley in Geneva in the summer of 1816, the period during which Mary Shelley began writing Frankenstein. NYPL, Pforzheimer Collection

Ben depuis le temps que j’en parle de ce De Laudibus sanctae crucis, dont j’ai depuis 1000 ans un fac simile ( l’original est à la bibliothèque d’Amiens )… C’est Dibbets qui présente Raban Maur à la BN

J’écoute avec intêret l’émission sur les leurres. Hier atelier à reculons après la projection de film de Rémi avec Lucchini. Je croise C.A et quelques personnes mais je ne suis et n’étais que la femme de R. Que R. m’ait invitée m’a fait plaisir.

Fernando Jacopozzi

dit « le magicien de l’électricité », celui qui illumina la Tour Eiffel et fit passer Paris de Ville des Lumières à Ville Lumière est en charge d’éclairer l’ensemble du projet. Chaque soir, Paris serait plongée dans le noir et une ville factice, vide, brillerait de mille feux… Ce projet entièrement conçu et dessiné par l’état-major a vu ses premiers plans se réaliser au nord-est de Paris, la fausse gare de l’est a ainsi été construite. Mais la fin de la guerre a mis un terme à ce projet secret, d’une envergure démesurée.

J’ai regardé les commémorations. C’est assez drôle de s’imaginer la complexité d’une telle organisation. Le bolero de Ravel sous la pluie a dû être d’un ennui démesuré pour tous. Même à l’abri , c’était dur. Les talons des dames sont quelque chose et la Femen est gonflée de se lancer sur les Champs près de la voiture de Trump.En deux secondes elle est ramenée à la case départ évidemment.  Si j’ai bien compris il y a deux voitures blindées: Une avec Donald et une sans Donald. Quel bazar protocolaire.

Journée de Vendredi en AR à Monaco pour présenter mon travail et discuter avec les 12 étudiants pour le workshop. Bonne journée je dois dire. Me dis aussi qu’avoir un cours à Paris  sanctionné à la fin par des UC, c’est désagréable. Le Pavillon Basio est un endroit agréable, une petite école. Je trouve que c’est bien pour travailler. Au retour, ouf je trouve un vol une heure trente avant celui qui est prévu/ J’arrive aux artistes vers 9h où l’accordéon est là. On boit quelques verres avec le joueur d’échecs, sa majesté et R. Michèle de chez Michou nous chante Michèle de chez Michou entr’autres et on rit/

Tout doit être dini Vendredi car ce sera le transport pour Miami. Après, rideau. J’arrête de peindre un moment . Enfin je verrai. Si ça se trouve et je pense que ça se trouvera, je m’ennuierai et continuerai à aller à A; Mais il faut que je trouve d’autres pises même si les dernières peintures sint plutôt différentes ce qui m’interesse. Il faut préparer d’autres choses et aller en Suisse Vendredi prochain. On va au théâtre Jeudi et Samedi c’est la dernière boum à la Maison Rouge. Sniff

Berk/ Temps sinistre cent pour 100.

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